La petite phrase est passée quasiment inaperçue. La scène se passe à l’Assemblée nationale, durant le vote sur la PMA. évoque, dans une de ces envolées lyriques qu’on lui connaît, la filiation et, d’un coup, lâche : « Il y a plusieurs morales, elles coexistent, elles se superposent. » Et de rajouter : « Je respecte la vôtre, mais respectez celle de ceux qui pensent au fond autrement. »

Ah, d’accord. Cela donne le vertige.

À chacun sa vérité, disait Pirandello. À chacun sa morale, renchérit Dupond-Moretti, figure allégorique vivante, et même parfois vociférante, du relativisme.

Tout aussi respectables, donc. Je dois tolérer ta morale, et toi la mienne. Pour rendre la justice, ça va être coton. Et justement, Monsieur est garde des Sceaux. Pour ce procès, quel curseur, quel référentiel ? Celui de la victime, u celui de l’assassin ? Où est le bien, où est le mal ? On tire au sort ou on se met d’accord ? Autant de codes civils que de morales, on le choisit sur un cintre le matin comme on change de costume ? Car c’est au nom de leur morale – autre que la nôtre, mais il faut la « respecter », n’est-ce pas, la laisser « coexister », « se superposer » — que certains tuent leur sœur parce qu’elle a entaché l’honneur de leur famille, ou égorgent des infidèles.

Il est beaucoup de voleurs qui se prennent pour Robin des bois : leurs larcins réparent, selon eux, des inégalités sociales. Notamment celle – charité bien ordonnée commençant par soi-même – qui les a faits moins fortunés que d’autres, si outrageusement gâtés par la vie. Et si l’on va par là, rappelons que pour Damien Tarel, celui qui a giflé le président de la république, «  représente la déchéance de notre pays ». Son geste était donc sincère et, de son point de vue, légitime. Il est quand même aujourd’hui en prison. Comprenne qui pourra.

Il est, d’ailleurs, une morale que l’on ne relativise pas, c’est celle qui touche à l’extrême droite. Celle-ci est vile, détestable et même moche, voire effrayante, puisque incarnation du mal, elle a des pattes griffues et une face grimaçante. « Satanique », dit Gérald Darmanin, tel Torquemada, à propos du RN.

Foin du respect, de la coexistence et de la superposition. Il n’est même plus question de juger mais d’exorciser. On ne transige pas avec LA morale, répètent-ils, soudain, à l’envi. Cette fois, vous noterez qu’il n’y en a qu’une. Le relativisme bienveillant, c’est bien connu, s’arrête où commence la politique.

13 juin 2021

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