Peur de prendre une gifle, sans doute, le ministre de l’Intérieur s’est rendu, jeudi, à Dijon « entouré d’une garde policière conséquente », écrit la presse locale. On n’est jamais trop prudent, la preuve par le chef de l’État.

Courageux mais pas téméraire, donc, Gérald Darmanin s’en allait soutenir les candidats locaux de La République en marche, en l’occurrence le maire de Nevers Denis Thuriot, tête de liste de la « majorité présidentielle » aux élections régionales, et le député Didier Martin, candidat aux élections départementales dans le canton de Dijon 1. « Une visite loin d’être innocente, dans une région où plafonne à une quinzaine de pourcents d’intentions de vote au premier tour », et surtout « là où l’extrême droite caracole en tête des sondages, avec un Julien Odoul (RN) qui a fait de la sécurité le thème central de son programme », écrit Le Journal de Saône-et-Loire.

Certes, le ministre a pris le TGV (en direct, c’est 1 h 35 de trajet, moins de temps qu’il en faut pour monter dans un avion du GLAM), mais il a déplacé avec lui l’armada pour animer un meeting d’une centaine de personnes. Et sans trop respecter les fameux gestes barrières, si l’on en croit toujours LJSL : Gérald Darmanin « a pris un café en terrasse, en compagnie des principaux responsables du parti “macroniste” en Côte-d’Or. Et à plus de six autour de la table. Sans parler des policiers et des médias qui grouillaient autour. Puis le ministre a rejoint le Cellier de Clairvaux pour un meeting en présence d’une petite centaine de personnes. Essentiellement des candidats aux régionales et des militants. » Et peut-être quelques intermittents du spectacle, qui sait…

Pour définir un peu le paysage local, il faut savoir que le candidat RN, Julien Odoul, caracole actuellement en tête des sondages avec 28 % des intentions de vote, très loin, donc, de Denis Thuriot, qui stagne en quatrième position. Alors, Darmanin perd ses nerfs, jusqu’à faire cette sortie proprement ahurissante : « Il y a une volonté que le Rassemblement national ne gagne jamais une région. On voit bien la marque satanique que représenterait une victoire du RN. » « Si un territoire est dirigé par un parti extrémiste, pensez-vous que les investisseurs étrangers viendront davantage ? Non. Ils iront dans un endroit plus acceptable. »

On savait depuis longtemps que les électeurs de l’ex-Front national puent des pieds, sentent le pâté et la fenaison sous les bras, qu’ils sont crétins et avinés, mais « sataniques », ça, c’est une nouveauté !

Marine Le Pen n’a pas tardé à réagir. Après avoir questionné, dans un tweet, « Ont-ils tous perdu la tête ? », elle a développé : « Depuis le début de cette campagne, des ministres ont appelé à “chasser” le RN, à “abattre” l'”ennemie” qu’est Marine Le Pen, et aujourd’hui, nous sommes accusés de “satanisme” : il faut que La République en marche garde son calme et arrête d’insulter l’opposition. » Pour le moins, en effet, car « le gouvernement ne se rend pas compte qu’avec des déclarations aussi violentes à l’égard de l’opposition, il participe au climat de haine, de brutalité et de violence », dit-elle. Elle rappelle, par ailleurs, à la quinzaine de ministres candidats et à leur collègues qu’« on mesure une démocratie à la manière dont l’exécutif et le gouvernement traitent l’opposition ».

La dédiabolisation en partie réussie du FN/RN rend folle cette classe politique à court d’arguments. Aujourd’hui l’anathème, et demain quoi : « Vade retro satanas » au fronton des salles de vote et l’eau bénite dans l’isoloir ?

11 juin 2021

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