« Si j’avais su qu’une course de karting se déroulerait dans l’enceinte de la prison, j’aurais mis un veto très clair » (Le Parisien, 23/8/2022). Le ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, s’est encore exprimé, ce mardi 23 août, au sujet de la polémique survenue à la suite de la compétition sportive Kohlantess, organisée à la prison de cet été. Une prise de parole essentielle, car les images « ont suscité un tollé au sein de l’extrême droite, contraignant le à réagir » (Le HuffPost, 20/8/2022). Encore un coup de l’extrême droite, qui vient mettre son grain de sel partout et envenimer les situations les plus anodines… On aurait dû s’en douter.

Le ministre a été très clair : le karting pour les détenus, c’est non ! Autant il s’est « toujours montré favorable à ce que des détenus se voient proposer des activités sportives et culturelles », dit-il, autant « dans le projet tel qu’il avait été présenté n’apparaissaient pas les activités telles qu’elles se sont révélées dans cette vidéo, notamment celle de karting ». Parce que le vrai problème de cet épisode, bien sûr, c’est le karting. La à une roue et les plongeons dans la piscine, c’est de la réinsertion. Le karting, non. La frontière est flagrante, pas besoin d'un dessin !

La faible justification d’Éric Dupond-Moretti (il ne savait pas !), consolidée par le paternel Emmanuel Macron, ne saurait toutefois rassurer le vilain militant d’extrême droite - ou toute personne de bon sens, somme toute - sur la gestion de la en France. Que le garde des Sceaux mente – car lorsqu’on a cinq collaborateurs qui suivent un tel projet et en valident la diffusion, on peut espérer que le ministre a eu vent de ce qui se trame – ou qu’il n’ait réellement pas été averti de ce qui s’organisait, l'affaire pose problème. Aucune de ces deux solutions ne tend, en tout cas, à consolider le faible lien de confiance qui unit les Français à leur ministre. Rejeter la faute sur le directeur de la prison – comme Darmanin le fit sur les Anglais dans l'affaire du Stade de France - est sans doute le meilleur aveu de faiblesse. S’il n’a plus même la main sur les françaises, comment espérer une gestion meilleure pour le reste du territoire ?

Mais rassurons-nous, Dupond-Moretti n’est pas homme à se laisser abattre. Déjà, il a lancé une « circulaire pour fixer clairement les conditions nécessaires à la tenue de projets de réinsertion en prison. Ils devront désormais tous être soumis à une validation expresse de la direction de l’administration pénitentiaire. » Enfin une mesure forte ! Quoi de plus percutant, pour rétablir l’ordre, qu’une circulaire ? On l’aura compris, cette fois c’est du sérieux, Éric Dupond-Moretti siffle la fin de la récréation. Qui oserait se montrer sceptique ?

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24 août 2022

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39 commentaires

  1. Ou tout simplement feindre de ne pas savoir , plus plausible , lui qui n’a de cesse de dénoncer la « fachosphère » , mais elle à l’inverse ne fait pas des prisons des centres de loisirs ….

  2. Tous ces gens là sont sourds ,aveugles et refusent la réalité tout en mentant ..ce qui nous met en danger.le ridicule ne tue pas …sinon nous serions sans gouvernement …que du bonheur !

  3. impossible dans notre administration de faire ou d’entreprendre quoi que ce soit sans demander l’autorisation de son ministère. donc encore une fois ils nous prennent pour des c….. jupiter n’est pas arrivé tout seul au pouvoir non, a qui la faute!!!!

  4. Faudrait savoir, il était au courant de cette initiative ou pas . Une fois il dit qu’il ne l’était pas et puis il dit que s’il avait su qu’il y avait du karting, il ne l’aurait pas autorisé. dans tous les cas, il y a milles autres choses à faire en prison qui vont dans le sens de l’éducation et la réinsertion. À Poissy par exemple, il existe un cours d’Aikido depuis de longues années avec un très grand professeur français. Il y a maintenant un club et de nombreux détenus ont obtenu leur ceinture noire. Et c’est un sport qui vous enseigne le respect de l’autre.

    1. OK l ‘Aïkido est basé sur le  » respect de l’autre » – ma question est : les fameuses ceintures noires obtenues valident l’habileté du combatant d’accord – quid de sa moralité et de la fiabilité de cette dernière ??

      1. Si vous avez pratiqué, vous savez combien il est difficile de l’obtenir. Cela demande beaucoup de temps, d’énergie et de volonté. Il faut passer devant un jury dont on doit accepter la décision si elle n’est pas favorable et repasser l’examen. Touts ces années passées sur les tatamis forgent le moral, obligent au respect de l’autre et apprennent la maitrise de soi et de l’autre. J’ai passé huit ans à pratiquer sans parvenir à l’obtenir, mais il y a eu beaucoup de raisons à cela. mais il m’a fallu huit ans pour avoir le niveau de l’avoir.

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