Dans un article du 19 octobre dernier, je soulignais auprès des lecteurs de BV l’invention d’une nouvelle logique : la logique Martinez, laquelle s’apparente aux principes mathématiques et physiques les plus élevés, tels ceux de Thalès ou d’Archimède. Trois mois plus tard, et alors que démarre le nouveau conflit sur les retraites, cette logique triomphe et ce triomphe confirme bien le génie de son inventeur.

La logique Martinez consiste, je le rappelle, à soutenir, au nom de la lutte contre Hitler et le fascisme, un candidat aux élections portant une mesure qui va contre l’intérêt des travailleurs puis, une fois ce candidat élu, à combattre de toutes ses forces la mesure honnie de celui qu’on a contribué à faire élire.

Dans un premier temps, cette logique paraît tout à fait illogique. Il n’en est rien. Car - voyez sa subtilité ! - en appliquant, quelques mois plus tard, sa mesure, le soutenu par Martinez va déclencher une immense vague de protestation et c’est tout bénéfice pour le syndicaliste et sa centrale en perdition. Car plus nombreux encore sont les travailleurs en grève ou en train de défiler dans les rues, plus nombreuses sont les cotisations, puis les votes aux élections professionnelles. Et ce, même si la mesure finit par passer, malgré les cris des manifestants et les sourires satisfaits des dirigeants de la NUPES, oubliant un instant les délires de Sandrine et les gnons de Quatennens.

Tout de suite, cette logique a produit des effets inattendus : alors que, depuis des années, les syndicats français ne parvenaient jamais à s’entendre, dès l’annonce de la mesure, ils ont fait front commun. Ils sont devenus amis-amis comme jamais ils ne l’avaient été, ils marchent main dans la main vers un avenir de légitimes revendications et de manifestations devant aboutir à l’ouverture de négociations sérieuses et responsables au cours desquelles le gouvernement sera contraint de retirer ladite mesure et de donner satisfaction aux travailleurs en grève ou descendus dans la rue.

Imaginons au contraire, et dans une logique plus élémentaire, que Martinez ait appelé à voter pour Marine Le Pen, au lieu de Macron, du fait que, contrairement à son adversaire, elle était contre un recul de l’âge du départ en retraite. Et qu’elle ait été élue. Dans ce cas, aujourd’hui, il n'y aurait ni front syndical, ni manifestation unitaire, ni grève longue et dure, ni travailleurs mécontents, ni rien du tout. Le nombre des adhérents continuerait de chuter, ce serait la débâcle. Et Martinez ne serait pas le fringant leader syndical qu’il est, conduisant, la moustache bravache, et tel un soldat de la Vieille Garde, les manifestants à la victoire.

Au lieu de cela, c’est un véritable triomphe pour lui. En ce jeudi 19 janvier, c’est plus de deux millions de travailleuses et travailleurs en grève qu’on a vus défiler dans les rues et sous les banderoles syndicales, moitié moins selon la police ; c’est considérable, c’est presque du jamais-vu. Sauf que le gouvernement Borne et le Président Macron réunis, parti ce même jour en Espagne manger une paella, s’en moque éperdument. Avec l’aide de la grenouille devenue aussi grosse qu’un bœuf Ciotti, il fera passer sa mesure comme une lettre à la poste et les travailleurs conduits par Martinez seront Grosjean comme devant.

Mais il aura redoré le blason de sa confédération jusqu’à la prochaine cause d’un légitime mécontentement des travailleurs et une nouvelle journée d’action devant déboucher sur l’ouverture de négociations sérieuses, etc.

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22 janvier 2023

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30 commentaires

  1. pendant que certains défilent pour les retraites, à l’Est de l’Europe on nous mitonne la guerre, les polonais, les suédois, les allemands se tatent, pour livrer des chars léopards, aucun ne parle de paix, à quoi bon pour les retraites, attendons l’été pour savoir si le débat sera encore sur la table ou si on cherchera de quoi bouffer.

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