Une nouvelle invention mathématique : la logique Martinez

Philippe Martinez

La logique, on le sait, est par définition ce qui est conforme au bon sens, cohérent, rationnel. Mais elle peut changer, en fonction des individus et de ce qui les fait être ce qu’ils sont. En se sens, on ne peut pas parler d’une seule logique mais de différentes logiques, à condition toutefois qu’elles aient une cohérence, fût-elle particulière. Ne dit-on pas de tel ou tel qu’il a sa propre logique ou, comme Molière, que parfois le raisonnement bannit la raison ?

C’est ainsi que la mathématique humaine a inventé différentes formes de cette science, plus complexes ou originales les unes que les autres.

Ainsi aujourd’hui, la France peut s’enorgueillir d’avoir un mathématicien des plus talentueux, une sorte de génie du raisonnement, en la personne du leader de la CGT, le très célèbre et très revendicatif Philippe Martinez. Ce grand syndicaliste moderne a inventé en effet une nouvelle forme de logique, qu’on appellera du nom de son concepteur, la logique Martinez, et qui consiste en une synthèse dyschronique des contraires absolus. Dans cette logique-là, on peut arriver à deux conclusions totalement opposées d’un engagement, on peut rire d’une chose le matin et en pleurer le soir, on peut être pour un jour et contre le lendemain en expliquant que c’est la même chose, mais ainsi, on maîtrise, on synthétise l’intégralité des apparences d’un objet ou d’un concept.

C’est par cette logique que le mathématicien Martinez a appelé, en mai dernier, à voter pour Macron, porteur de la baisse du pouvoir d’achat et de la réforme honnie des retraites, et aujourd’hui, en octobre, à organiser grèves et manifestations contre ce même Macron, sa réforme des retraites et sa baisse du pouvoir d’achat. Logique fondée pour lui sur une volonté existentielle d’avoir un sens syndical, car en réélisant Macron, il savait qu’il aurait un mur sur lequel appuyer l’échelle de ses revendications et, donc, son existence de syndicaliste.

Dans la logique Martinez, les contraires s’attirent comme deux aimants. Mais, surtout, elle offre par son principe même de multiples avantages, tellement nombreux qu’il est impossible de les énumérer tous. Citons-en simplement quelques-uns. On peut, par exemple, affirmer le lundi que les poules auront des dents et le mardi qu’elle n’ont pas de plumes, puisqu’on sait qu’un petit cochon suspendu au plafond pondra des œufs et du pognon.
On peut réclamer l’ouverture immédiate de négociations sérieuses et responsables tout en sachant qu’elles ne le seront pas et qu’on pourra recommencer d’appeler à des négociations responsables et sérieuses qui ne le seront pas non plus, et ainsi de suite.

On peut rebaptiser du nom de grande victoire de petites défaites ou attendre qu’il pleuve des grenouilles pour affirmer que le Grand Soir est arrivé mais qu’on retournera au bureau ou à l’usine au petit matin.

On peut sauter à pieds joints dans une flaque sans se mouiller les pieds puisqu’ils seront secs une heure après.
On peut même dénoncer l’immoral gâteau d’une poignée de capitalistes, pris aux masses populaires, et faire bloquer un pays par une poignée de grévistes réclamant pour eux une part de cet immoral gâteau.

On le voit, avec la logique Martinez, dont les applications s’étendent jusqu’à l’infini de l’aboutissement de toutes les revendications, c’est un progrès décisif dans l’histoire de la mathématique qui vient d’être réalisé et qui n’a pas d’égal depuis les axiomes ou les théorèmes d’Archimède, Thalès, Pythagore ou Zénon d’Élée.

Jean-Pierre Pélaez
Jean-Pierre Pélaez
Auteur dramatique

Vos commentaires

13 commentaires

  1. Ce sont toujours les mêmes méthodes…. La CGT vit des subsides public et des « dons » gras de comité d’entreprise comme celui d’EDF. Si on ferme le robinet, ce château de cartes s’effondrera et le coût de l’électricité baissera de 1%

  2. Boudu, mon bon monsieur Pélaez ! vous le savez bien, pourquoi Martinez a voté et appelé à voter Macron : qui c’est qui donne les subventions à la CGT, hein ? C’est pas Marine quand même, vous le savez bien !

  3. Après avoir lâchement abandonné ces milliers de gens privés, du jour au lendemain, du droit de travailler, comment ces syndicalistes peuvent-ils encore sortir dans la rue sans devoir attendre la nuit noire et en rasant les murs?
    Capables de paralyser un pays tout entier pour une virgule mal placée dans un nouvel article du code du travail, ils n’ont pas levé le petit doigt pour défendre le droit élémentaire de chacun à travailler.

  4. Il doit se baser sur les principes d’Evariste Gallois écrits dans la nuit précédant son duel au cours duquel il fut tué à 20 ans, mort d’un génie.

    • Oui, tout à fait ! Un grand génie romantique – à l’instar d’un Beethoven dans un autre registre (quoique : si vous cherchez bien dans la sonate piano n°28 op 101, ça frise l’énigme mathématique !) : A fond, avec toute la fougue de la jeunesse, jusqu’au bout de ses idées, qu’on le comprenne ou non, et jusqu’à la mort par effraction !

  5. Un grand mathématicien ignoré, il faut dire que la CGT a toujours eu des problèmes avec les chiffres : confère M Krasucki qui nous a bien fait rire à l’époque avec son problème de virgule flottante :) ! Lui au moins était drôle…

  6. Martinez ne défend pas les travailleurs, sinon il aurait défendu les soignants suspendus de manière parfaitement illégale.
    Martinez, comme ses collègues de FO ou de la CFDT, défend son poste à la tête de sa centrale syndicale.

  7. La logique de monsieur Martinez et de ses camarades « ultras » n’est pas l’accession de la classe ouvrière au progrès social des Français. Leur logique c’est de trouver la meilleure utilisation possible des contestations justifiées des français de créer les conditions du « Grand Soir révolutionnaire planétaire ». Nous sommes en 2022 et depuis le « Potemkine » ils n’ont toujours pas compris que ça ne marchait nulle part !
    Lorsqu’ils sont face à de Gaulle, cela donne mai 68 en dépit d’un sursaut social et économique positif inouï. Lorsqu’ils sont face à Macron cela donne l’agonie actuelle.
    Tout cela, en partie parce que monsieur Martinez et ses camarades « ultras » sont eux-mêmes instrumentalisés sans s’en rendre compte par le N.O.M. dans sa marche forcée vers le pouvoir mondial.
    Cela va finir mal !

  8. Comme la NUPES il faut bien comprendre que la CGT c’est l’extrême gauche du grand capital. L’un ne peut vivre sans l’autre. C’est l’amour « vache ». Un type comme Martinez ou même les syndicalistes salariés protégés dans les grands groupes vivent comme des rois le dos brossé chaque matin par les grands patrons et hauts cadres.

    • On l’a bien vu avec les 15.000 soignants et pompiers exclus de toute vie sociale et de vie tout court grâce à la complicité de la CGT !

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