L’avis n° 139 du Comité consultatif national d'éthique (CCNE) est tombé. Il donne son blanc-seing au législateur qui ouvrirait la voie à une aide active à mourir. C’est nouveau. Ce texte contredit le précédent avis n° 121. Mais ce n’est pas à proprement parler une surprise, la servilité du comité ayant déjà été largement démontrée par le passé et commentée ici.

Avant toute chose, il convient de remercier ses membres qui n’ont pas souhaité approuver cette volte-face et ont émis un avis dissident : Gilles Adda, Badré, Sophie Crozier, Annabel Desgrées du Loû, Emmanuel Didier, Sylvie-Anne Goldberg, Marion Muller-Colard et Dominique Quinio. Merci, sincèrement merci à eux.

Et puis il faut remercier tout le CCNE pour la moitié de cet avis n° 139. Ses recommandations sur les soins palliatifs en jachère faute d’une volontariste semblent pertinentes et complètes. Les volets formation dans les facultés de médecine, recherche, interdisciplinarité, accompagnement, subsidiarité, évaluation périodique, sensibilisation des personnels concernés et de la population en général, la prévention du suicide sont abordés et il ne semble pas, au béotien qui écrit ces lignes, qu’il y ait des trous dans la raquette. Et, surtout, cet avis insiste sur l’aspect impératif de cet effort demandé en matière de santé publique.

Vu la déliquescence en cours du système de santé publique largement accompagnée par nos ministres et leurs fonctionnaires, il est possible d’émettre un doute raisonnable sur la volonté de l’État de se conformer à cette recommandation.

Malgré ses précautions sémantiques bien présentes pour tenter d’éluder sa responsabilité, la prétendue autorité éthique justifie l’homicide avec un tour de passe-passe. On retrouve bien là la magie du macronisme et son abracadabra infaillible, le fameux « et en même temps ». L’assistance au suicide serait acceptable et ce serait inégalitaire de refuser à ceux qui ne peuvent pas pousser le piston de la seringue une mort anticipée. Sacro-sainte égalité, que de bêtise le législateur commet en ton nom ! Bien sûr, les barrières sont érigées par le vertueux CCNE : cadre strict, collégialité, liberté, pérennité de la demande, clause de conscience, etc. Elles tomberont comme elles l’ont fait en Belgique. Il suffira de décider que la dépression, la trisomie, la sont des maladies graves et parfois incurables et létales engendrant des souffrances réfractaires à tout traitement.

Le petit soldat CCNE a bien travaillé, il a ouvert la porte, les progressistes vont s’y engouffrer. Il nous faut tenter de la bloquer. Les jours où l’homme ne sera plus considéré qu’à l’aune de son utilité comme producteur, de sa solvabilité comme client, s’approchent. À nous de préserver le peu de dignité de l’homme qui nous reste, et les lambeaux de civilisation qui vont avec.

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14 septembre 2022

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8 commentaires

  1. quelle partialité et quelle compétence accorder au CCNE ? les nominations sont le fait du prince, résultats de critère idéologiques et de politique politicienne … tout comme les nominations au Conseil d’Etat ou au Conseil constitutionnel …
    Ces comités ou conseils ne devraient pas exister en la forme actuelle …

  2. L’Euthanasie peut parfaitement se défendre, à titre individuel,ne serait ce qu’en tant qu’acte de charité ou en tant que variante du suicide.
    Mais au nom de quelle « éthique » la société peut elle en même temps se refuser à punir de mort les criminels, et condamner à mort les innocents que sont les foetus, plus spécialement ceux des trisomiques 21, et les honnêtes gens malades ou en fin de vie ?

  3. Comment peut-on accorder du crédit à ce CCNE alors que son président ne sait pas discerner le bien du mal. Ce sont ses déclarations. Il peut donc conseiller aussi bien vers le mal que vers le bien. C’est la roulette russe. Décider de l’euthanasie et de ses conditions d’application à partir de tels conseils, c’est invraisemblable. C’est ubuesque. Toujours du « bon » progressisme.

  4. La question est bien trop délicate pour pouvoir trancher ! Même encadré par une loi, cela n’empêchera jamais les dérives ! Les soins palliatifs ne sont pas assez développés dans les hôpitaux vu la déliquescence de ces derniers !
    Vu comment ont été traités les personnes âgées dans les EHPAD lors de la crise du covid, comment seront-elles traitées si elles sont grabataires, ou atteintes de la maladie d’Alzheimer et autres…
    Finalement , cela me fait penser à une certaine époque pas très lointaine où un certain pays éliminait les vieillards, les enfants handicapés, tous ceux qui étaient inutiles à la société !
    Quelle tristesse de constater cette société qui part à vau-l’eau ! « Dieu est mort ! Et c’est nous qui l’avons tué !ce que le monde a possédé jusqu’à présent de plus sacré et de plus puissant ! Quels expiations, quels jeux sacrés serons-nous forcés d’inventer ? Ne sommes nous pas forcés de devenir nous-mêmes des dieux simplement – ne fût-ce que pour paraître dignes d’eux «  Nietzsche

  5. Ce débat va au delà des opinions politiques . Moi je suis favorable à une loi permettant comme en Belgique , d’accéder à une mort assistée . Alors , il faut bien sûr mettre des barrières , et respecter le choix des soignants qui refusent de mettre en pratique ces dispositions. Un conseil de médecins peut statuer sur le fait que le patient est atteint d’une maladie incurable. Le patient doit émettre par écrit son souhait de recourir ou au contraire de pouvoir y renoncer à tout moment. La liberté doit être donnée à chacun de choisir la mort assistée. C’est à l’assemblée Nationale de bâtir une loi prévoyant touts les possibilités, et pourquoi ne pas soumettre à référendum une telle disposition ?

  6. le CCNE ? ! … « on » ne l’a pas très « entendu » lorsqu’il y a eu les orientations faites par le « Conseil de Défense sanitaire » au sujet des dispositions mises en place dans les EPADH durant ces dernières années …
    Line vient faire l’un de ses derniers spectacles et quelques uns se donnent « le droit de dire comment bien mourir » …
    La façon dont une nation « s’occupe de ses anciens » en dit long sur son humanisme … Et que dire à cette famille du « papy » qui est décédé sur son lit d’urgence car le système hospitalier est fracassé depuis bien longtemps ?

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