[POINT DE VUE] Disparition progressive du « que » à l’oral : faut-il s’en inquiéter ?
Certains d’entre vous ont peut-être déjà entendu, dans les transports en commun, dans les reportages télévisés ou même au sein de leur propre famille, des phrases comme : « Je crois c’est samedi [prononcé samedji] », « On dirait il va pleuvoir » ou encore « Je pense elle a oublié ». Cette disparition du « que » dans les phrases à l’oral est-elle un énième marqueur de la déliquescence de notre langue – ou pas ?
En réalité, beaucoup d’autres choses ont déjà disparu de notre langage courant. L’impératif, pour commencer : on ne dit plus (ou bien n’ose-t-on plus dire ?) « Envoyez-moi ceci pour demain » mais plutôt « vous m’envoyez ça pour demain ». Le français devient une langue à ton : une même phrase (en l’occurrence, donc, « vous m’envoyez ça pour demain ») peut être déclarative, impérative ou interrogative. Autant de nuances difficiles à faire passer à l’écrit, sauf par le biais de points d’exclamation ou d’interrogation.
De ces points, d’ailleurs, parlons un peu également. Nietzsche, dans son magnifique texte sur les « dix commandements de l’école du style », rappelait très justement que l’écrit était une imitation de l’oral. La ponctuation est là pour le rappeler. Où sont les points-virgules, par exemple ? Où sont les virgules, qui scandent les phrases et indiquent au lecteur quand il peut ou doit respirer – ou marquer un temps d’arrêt ? Et les tirets, comme celui que nous venons d’utiliser, ces « parenthèses chics » ? Et les guillemets à la française, comme ceux de la phrase qui précède : ils sont désormais remplacés, même dans la gestuelle, par un double signe vertical – signe parfois accompagné à l’oral, avec un art consommé du contresens, de l’expression « entre parenthèses ».
Français en lambeaux
Historiquement, le manque de mots est parfois volontaire, comme dans le cas d’une asyndète – une figure particulièrement utilisée en latin qui consiste à omettre volontairement un mot de liaison pour marquer la brutalité, la vitesse… ou l’opposition irréconciliable, dans le cas d’une asyndète adversative. France Info, qui se penche justement sur le sujet de l’omission des « que » dans les phrases de la jeunesse, fait ainsi intervenir un linguiste du nom de Julien Barret, qui cite la célèbre asyndète de César : « Veni, vidi, vici ».
Il semble cependant qu’en l’espèce, l’omission de ce petit mot soit une forme de paresse. On aurait donc beau jeu de dire que le langage des jeunes gens est devenu une sorte de soupe – mais en réalité, que leur avons-nous appris ? Nous omettons tous les jours les négations (qui de nous dit encore « je ne pense pas » à l’oral ?), nous ne faisons plus beaucoup de liaisons (les plus anciens se souviendront peut-être du temps, légèrement guindé, où l’on disait « le crédit tagricole »), nous terminons nos messages par de lamentables adverbes (« cordialement ») au lieu de laisser se déployer les tartines surannées des manuels de correspondance. Un jour viendra où les messages destinés au pape (à qui l’on adressait, jadis, une formule d’envoi qui commençait par « Prosterné aux pieds de Votre Sainteté… ») se termineront par « Bien Cordialement ».
Alors, est-ce bien grave ? Oui, conclut France Info (et on peut être d’accord avec elle), si cela se répand à l’écrit, comme dans ce célèbre message de Twitter, repris par la « fachosphère » : « Tellement l’eau elle est propre endiré [on dirait] le bateau il vole. » Pour le reste, les jeunes (les « jeunes gens », devrait-on dire, d’ailleurs) ne font que dégrader légèrement le français en lambeaux que nous leur transmettons. Ne croyez-vous pas ? Ou plutôt : « En vrai stadjir je pense peut-être vous êtes pas d’accord ? »
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56 commentaires
Dans un même ordre d’idée, l’expression « par rapport à » utilisée en permanence, au lieu de « concernant » ; je ne supporte plus de l’entendre. Il y a quelques jours encore, c’est le ministre des transports qui l’utilisait. J’ai crié et j’ai coupé le son de la télé. A noter que cette très mauvaise habitude vient de François Hollande. Autre expression absolument insupportable : Prioriser. Très mauvaise traduction de l’anglais, alors qu’il existe un mot parfaitement français pour dire la même chose : Hiérarchiser. Pauvre Français !
Et le pronom relatif qui est maintenant « lequel », quel que soit l »ntécédent.
« Les fiches avec lequel j’ai travaillé » Inutile de dire que ce genre de faute n’est fait que par des gens qui savent manier un pronom relatif composé
Ce n’est pas un signe de déliquescence de la langue française.
C’est un signe du lent étouffement criminel de notre langue, étouffement qui participe à notre disparition en tant que nation et à l’avènement du pidgin comme marqueur culturel du vulgum pecus émergent..
Je reviens sur le sujet.
En 1962, pour mon entrée à l’Athénée (équivalent du Collège) on m’a offert les trois tomes du dictionnaire Quillet de la langue française. Ils portaient en exergue la phrase « l’art d’écrire et de bien rédiger ».
Elle désignait quelqu’un qui savait à la fois écrire avec élégance et rédiger avec exactitude : l’art et la technique !
Ces personnes sont de plus en plus rares et seront bientôt – quand on considère le niveau de l’enseignement – rangées dans la catégorie des espèces disparues.
Appauvrissement de la langue et de l’intelligence, c’est certain ! Quand les mots manquent, les maux les remplacent : violences, « mal-à-dit », insultes, plutôt que dialogues et débats… Émotions plutôt que discussions… Alors oui,il est primordial d’apprendre des mots pour exprimer des maux, sinon ce sont ces mêmes maux qui nous contrôlent…
Les insultes peuvent sembler élégantes quand elles sont exprimées en bonne langue de France, comme la tirade de Cyrano.
Tout cela est effarant, et la liste est longue, outre le mot « que » et la ponctuation, on peut noter également la négation qui devient, de nos jours, quasiment inexistante, même les hommes politiques, les journalistes et les animateurs télé l’oublient dans leurs propos. Exemple : « Vous « zavez » pas gagné, vous « zavez » pas peur etc… …À une époque maintenant révolue, nous apprenions à construire une phrase et surtout à savoir à quel moment on faisait intervenir la négation. Si on pouvait dire « ne pas » il n’y avait aucun doute, exemple : n’ouvre pas cette porte….ne pas ouvrir.
Il y a tant de choses choquantes en matière d’orthographe de nos jours que la journée ne me suffirait pas à tout relever et à la lecture des publications sur les réseaux sociaux, les yeux me piquent souvent. Je précise que je ne possède qu’un diplôme : le certificat d’études primaires que j’ai obtenu en 1963, mais, à l’époque, il nous permettait de quitter l’école avec de bonnes bases et même, malgré notre très jeune âge, de trouver du travail…Eh oui
Un jour viendra où les messages destinés au pape (à qui l’on adressait, jadis, une formule d’envoi qui commençait par « Prosterné aux pieds de Votre Sainteté… ») se termineront par « Bien Cordialement ».
Macron, lui, joint déjà le geste à la parole puisqu’on peut le voir tailler un bout de gras avec le pape la main sur son épaule :-)
Sans oublier les « du coup » assénés à chaque phrase. Les « celles et ceux » que se sentent obligés de dire les journaleux et les politiques me sont insupportables. Si vous dites simplement « ceux » pour désigner une population d’hommes et de femmes, vous risquez désormais de passer pour un affreux machiste. A signaler aussi le remplacement fréquent du « nous » par « on » qui affadit beaucoup les phrases. En écoutant des reportages radio ou télé jusqu’aux années 1970, la qualité du langage des gens du peuple, par rapport à aujourd’hui, est étonnante.
et on ne peut » qu’etre » daccord avec france info et toc
Renan qu’on enseigne plus ecrivait : » Dans les sociétés comme chez l’individu , la perte de la maîtrise du langage est toujours annonciatrice de sa fin … » Nous y sommes : la pauvreté litteraire des journalistes modernes par rapport à leurs aînés des années 60 en est aussi un bon révélateur .
La facilité est devenue la norme. On écrit comme l’on parle, on parle encore moins bien que l’on écrit. On résume, on tronque, on utilise les acronymes jusqu’à l’écoeurement, souvent on devient incompréhensible. Et oui, il a fallu que la langue française évolue pour s’abaisser au piètre niveau des élèves.
Exactement ! Ils ont commencé en supprimant la supériorité du masculin , on ne dit plus : que tous ceux…., mais que celles et ceux… même les journaleux , nos ministres et autres censés parler en bon français s’y sont mis !! Plus de négations , et , ce qui me hérisse, plus de liaisons entre les mots , ce qui fait qu’on ne sait plus si c’est au.pluriel ou au singulier… on peut se demander ce que ça donne dans une dictée ! On est loin du fameux » les moutonsss paissentttt… » de Fernandel …. ils massacrent notre langue et ceux qui devraient donner l’exemple en personnes instruites , s’y précipitent ! Ça fait » bien » ? Non! ..
Nos « amis belges » ont un souci de plus, ils sont tributaires de flamand et de ce fait utilisent des belgicismes ( à ne pas confondre avec les régionalismes) tels le fameux « une fois » dont peu de gens en France devinent l’origine dans le flamant » eens », « kom eens », « vient une fois ». Mon propos ici est de songer aux mots valises, et par exemple, le petit mot « alors ». Ecoutez ceux qui vous expliquent un itinéraire…. »Alors pour aller… » Une pièce dans une maison, « alors ici vous avez… », Commencer un exposé… » Alors aujourd’hui nous allons voir… » Alors, (héhé) un autre pour la journée, la manie de placer des « e » en fin de mots…tiens, justement, « alore, tu viens »!
Flamant , Flamand, oui j’ai un souci, ça se lit…Les soins sont en cours.
Pour désigner un objet j’ entends de plus en plus » je veux lui » » je veux elle » et non plus celui – ci, celle – là…ou même » ça « ….
C’est normal le français est une langue vivante, c’est le nombre qui impose son vocabulaire et dans certaines régions on sait qui est le nombre, alors parler une espèce de sabir est devenu la règle, c’est l’intégration à l’envers. Puis plus personne lit, les cours de français je ne sais pas ce qu’ils valent mais si c’est à l’image de ceux que je connais on occupe plutôt les élèves et on leur met de bonnes notes pour rassurer les profs et les élèves, donc rien d’étonnant et je ne parle pas des réseaux sociaux où il faut écrire avec un nombre de caractères limités ce qui oblige à rédiger n’importe comment.
Sans compter la manie des « en fait » que certains sont capables de dire plus de dix fois en une minute, même certains intervenants de la télévision avec » au jour d’aujourd’hui », et cette manie d’une grande majorité de faire suivre le nom du pronom ( exemple, ma sœur, ELLE m’a dit ».
Enfin, avez-vous remarqué que nombre de journalistes TV bafouillent considérablement en cherchant leurs mots et en les répétant à l’envie pour meubler le vide.
C’est désespérant et il m’arrive de temps en temps de couper le son pour ne plus être confronté à cette destruction de la langue française.
S’il n’y avait que le langage parlé qui dégénère , mais c’est bien pire à l’écrit .