[POINT DE VUE] Attal dans le JDD : à droite toute ! On aurait presque envie d’y croire…

L’entretien de Gabriel Attal n’a qu’un défaut : il est aux antipodes du parcours de l'homme.
Capture d'écran YT Gabriel Attal
Capture d'écran YT Gabriel Attal

On est à moins d’un an de l’élection présidentielle et, à l’exception de Marine Le Pen, personne n’est encore assuré d’être présent au second tour. Gabriel Attal l’est peut-être moins, encore, que les autres, puisque les sondages le donnent encore derrière Édouard Philippe, lui-même au coude-à-coude avec Jean-Luc Mélenchon. C’est peut-être la raison pour laquelle l’ancien conseiller de cabinet de la socialiste Marisol Touraine, l’ancien ministre et Premier ministre de Macron, consacre, ce dimanche, un long entretien au JDD, organe des horribles « médias Bolloré » dans lequel il se montre bien plus droitier que prévu, au risque d'être taxé d'opportunisme, les vents soufflant à droite par les temps qui courent. Voyons donc cela.

Fermeté

Interrogé, pour commencer, sur l’invasion de migrants à Ceuta, M. Attal dit qu’il veut agir, expulser, être capable de fermer ses frontières en réformant les règles de l’espace Schengen, et de ne pas être tributaire des politiques laxistes des gouvernements voisins. Même fermeté sur les installations illégales de gens du voyage : « Il y en a marre », et il va présenter « des propositions très fortes ».

Est-ce pour relancer une candidature jusqu’ici un peu asthmatique ? Gabriel Attal balaie ces allégations d’un revers de main : il « progresse » grâce à sa campagne « en nette dynamique » - variante moderne, peut-être, de l’appréciation « en progrès constant » que l’on mettait jadis sur les mauvais bulletins scolaires. En tous les cas, bien décidé à « renverser la table », après en avoir pourtant été l’un des meilleurs clients, Gabriel Attal ne doute de rien. D'ailleurs - cerise sur le gâteau -, il veut même proposer aux Français, par référendum, « la plus grande réforme institutionnelle depuis 1958 ». Carrément !

Autorité

Posture volontariste, mots forts, punchlines bien trouvées : l’ancien protégé d’Emmanuel Macron ne fait l’impasse sur aucun poncif de l’ethos de droite. Il parle de référendum annuel - sur des sujets qu’il ne détaille pas -, de choc d’autorité, de construction de places de prison, de dégraissage de la fonction publique, de réduire le nombre de députés et sénateurs. Il pointe du doigt l’impunité des criminels, la « vetocratie » des résistances passives et le copinage parisien des politiques qui se renvoient l’ascenseur. Ce dernier point, bien sûr, est amusant, venant de quelqu’un qui a exclusivement vécu en Île-de-France, est un pur produit de l’élitisme scolaire parisien et aura donc du mal à convaincre qu’il est un nouveau Pierre Poujade ou un nouveau Jean Lassalle. Mais après tout, si ça l’amuse…

Audace

Il faut cependant reconnaître à Gabriel Attal une qualité qui ne vient pas de la droite : il ne dézingue personne. La droite française, la plus nulle, la plus bête du monde, se repaît ordinairement de querelles, de petites phrases et de trahisons. M. Attal, lui, n’a pas un mot pour critiquer son concurrent, Édouard Philippe, et préfère mettre en valeur son projet à lui plutôt que de descendre en flammes celui des autres. Une telle dignité (ou habileté), il faut en convenir, ne s’était plus vue depuis longtemps. On saluera, également, cette métaphore bien trouvée, dans un pays devenu frileux et hygiéniste : « Certains veulent faire rouler la France à 50 km/h, d’autres à 80. Moi, je veux qu’elle fonce à 140. Sinon, nous serons durablement dépassés. La Chine et les États-Unis ne nous attendent pas sur l’aire d’autoroute. » Attal fait du Sardou…

De bonnes idées, il y en a d’autres, comme par exemple le « spoil system » à la française, c’est-à-dire la possibilité, pour le Président, d’imposer ses équipes à tous les postes clés de l’administration publique. Maintenant, si ça pouvait annuler les nominations d’Emmanuel Macron, au crépuscule de son mandat : Ferrand au Conseil constitutionnel, Montchalin à la Cour des comptes, etc.

Encore une petite cuillère de droite : Attal termine sur la question des mineurs délinquants, parle de l’immigration qu’il faut réguler, des impôts confiscatoires et de la retraite, dans laquelle il faut, selon lui, ajouter une part de capitalisation. Tout ça est fort bien.

Au fond, l’entretien de Gabriel Attal n’a qu’un défaut : il est aux antipodes du parcours d’un homme qui a pourtant toujours baigné dans le marigot politique de sa courte vie. Et ce simple fait démonétise tout le reste.

Picture of Arnaud Florac
Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

94 commentaires

  1. Ils ou elles ont les capacités improductives d’être a géométrie variable selon le sens des vents dominants si demain ,il doit admettre, par exemple , que les vaccins sont frelatés pour obtenir un maroquin ,il est tout a fait capable de trahir ses années de mensonge sans aucun état d ‘âme et de se justifier en disant que la rédemption lui fut un salut !

  2. Si Attal voulait paraitre encore plus sincère, il nous dirait : j’ai accepté de servir un pouvoir qui a appliqué une politique diamétralement opposée à mes convictions, par arrivisme et par lâcheté. Faites moi confiance !

  3. La candidature de Thierry BRETON piloté par Bayrou et celle de Braun-Pivet pilotée par sa famille, ne devraient pas tarder non plus…C’est bien l’argent public qui finance ces fausses campagnes d’influenceurs de la nouvelle jet set intramuros?

  4. Je ne veux même plus écouter les politiques. Ce sont des menteurs patentés qui pratiquent l’art de la godille.
    Avez-vous vu une fois un politicien mettre en pratique ce qu’il a dit ?
    Les écouter est donc du temps de perdu.
    Coluche disait déjà, en faisant allusion à Rocard « Avant d’être au gouvernement, ils ont plein d’idées, dès qu’ils y sont, ils n’ont plus d’idées ».

  5. Il continue de mentir de racler vers le RN pour gagner des voix mais c’est surtout ses gamelles qui le ralentissent , il est complètement hors-sol , hors envies des Français sinon il aurait quitter son poste de 1er ministre dès le premier mois sil il n’était pas d’accord avec Macron mais la place est bonne donc maintenant on ne fait le fanfaron debout sur une botte de paille , on se met en chemise , manches retroussées pour faire croire que l’on bosse , qu’on est un « dur » de la politique , ce mec n’a t-il pas dit qu’il était avant tout un socialiste ? Donc foutu le lascar

  6. La plaie pour la France c’est le régime des partis politiques. Chacun a le sien, le représente et se présente en son nom. Le rassemblement dont ils parlent tous et toutes est un leurre. Chacun défend sa boutique ou son écurie de course.
    Mais le pire est que, aucun de ses politicien(ne) ne dispose du réel pouvoir de travailler concrètement pour le Bien Commun dont notre pays a un urgent besoin.
    Alors que le Premier ministre tente de débusquer les ingérences étrangères qui perturberaient les élections présidentielles, l’énorme déficit de la France est détenu par des intérêts étrangers qui ont pris des hypothèques sur notre pays. Le « Mercosur » qui nous concerne tous est décidé sans nous, ni même sans l’État de la France. Les prix de l’énergie sont décidés ailleurs et dépend pour parti de la circulation du pétrole et du gaz dans le détroit d’Ormuz. Quand à nos vêtements et chaussures, il y a belle lurette qu’ils ne sont plus fabriqués chez-nous. Mais il reste les « MacDO » pour nous consoler à moins de préférer les « kebabs » ou les épicerie « cascher » ! Avec un verre de Coca-Cola on devrait pouvoir aller voter en toute tranquillité !

  7. Il ne prendra pas une voix à la gauche ni à l’électorat de Philippe, mais si le plan était uniquement de brouiller un peu plus l’électorat de droite pour lui offrir une autre porte de sortie que le RN, un appât centriste en territoire ennemi ?

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