Fini, durant quelques heures, le matraquage médiatique, médical et politique sur le Covid-19, sur la « seconde vague » qui n’en finit pas d’arriver, sur pour ou contre le port du masque à l’air libre, etc. Place au football avec la finale, dimanche soir, de la Champions League qui opposait le Paris Saint-Germain (PSG) au Bayern de Munich.

À Marseille, il se murmurait déjà que le port du maillot du Bayern de Munich serait bien accueilli. Si, en plus, vous portiez un masque aux couleurs de l’OM, l’on eût pu vous offrir un verre de pastaga sur le Vieux-Port. Tout ça pour commencer par informer le ministre des Sports, Roxana Maracineanu, que, fin août 2020, chacun peut encore se vêtir du maillot de l’équipe de football de son choix sur tout le territoire national, y compris à Marseille. Et surtout, chacun reste entièrement libre d’apporter son soutien à l’équipe de son choix et de son cœur. Ne vous en déplaise, Madame le Ministre, qui déclariez, le 21 août, que « même à Marseille, ce serait bien qu’on soutienne Paris ». Sans doute avez-vous raison, mais soit vous ne connaissez rien au football, soit vous avez fait une déclaration politique d’apaisement.

Donc, place au football, mais surtout place à la tolérance zéro prônée par , le nouveau ministre de l’Intérieur. En poste depuis presque deux mois, il n’a fait, jusqu’à présent, que multiplier les déplacements sur les lieux des diverses exactions et parlé pour ne rien dire, son bla-bla étant plus destiné à être repris en chœur par les médias. Les belles images de guérilla urbaine de la soirée du 18 août, suite à la victoire du PSG contre Leipzig, ne lui laissent plus d’alternative et l’obligent à monter au front. 36 personnes avaient quand même été placées en garde à vue, ce soir-là, suite à un match de football. Ce n’était que la demi-finale.

Alors, il voit les choses en grand, notre ministre. Plus de 3.000 policiers, CRS et gendarmes étaient mobilisés sur les Champs-Élysées et alentours, précisait, dimanche, Le Parisien. Circulation automobile interdite dans ce secteur. Port du masque obligatoire, en principe… Fermeture des festivités, deux heures après la fin du match. 17 stations de métro inaccessibles pour l’occasion. Préalablement, le dispositif avait été présenté en direct à la télé par le ministre lui-même, suppléé par l’inénarrable Didier Lallement, préfet de police de Paris. La mairie de Paris, dépourvue de police municipale et, donc, de capacité d’action, prenait les devants en s’affirmant défavorable aux rassemblements, mais se contorsionnait aussi pour soutenir « avec force et ferveur » le club parisien.

Au final, les forces de l’ordre ont laissé faire les bandes de voyous, présentes pour casser et détruire puis se filmer et se mettre en scène sur les réseaux sociaux.

Au nombre des vitrines brisées, des véhicules brûlés, des scooters pulvérisés, des dépravations d’Abribus™ et autres biens publics, des vols, des batailles rangées avec les policiers ; au nombre des gardés à vue et des forces de l’ordre blessées, notre Gérald Darmanin dénonçait, ce lundi matin, « la sauvagerie de certains délinquants ». Combien de temps compte-t-il encore décliner toute la famille du mot « sauvage » ? Comme son prédécesseur, ô combien gouverné par l’émotion, notre Gérald vient d’entériner la voyoucratie ordinaire, entièrement libre d’agir dans nos rues. Résidents de ces quartiers parisiens, soyez heureux que le PSG ait perdu. Sinon, à quel festin barbare auriez-vous assisté ?

Ce lundi matin, habitants et commerçants de « la plus belle avenue du monde » n’avaient plus que leurs yeux pour pleurer, une fois de plus. Pour eux, depuis bien longtemps, Paris n’est plus magique.

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