On pouvait entendre (en anglais) cette information et en lire la traduction sur le site australien de 9News, le 26 mars : une école de l’État de Victoria a admis qu’elle avait raté la cible après avoir demandé à tous les élèves de masculin de se lever dans une assemblée. Plus précisément : des écoliers du Brauer College de Warrnambool ont été invités à se lever au nom de leur sexe, lors d’une assemblée scolaire discutant du respect des femmes cette semaine, dans un « geste symbolique d’excuses » pour les comportements de leur sexe qui ont blessé ou offensé des filles ou des femmes. Si j’ai bien compris, il ne s’agissait pas d’ mais de collégiens, dont on conçoit qu’ils aient été choqués et que leurs parents aient protesté. Pas encore suffisamment formatés, sans doute.

Un nouveau délire à ajouter à tous ceux qui se succèdent à un rythme inquiétant. Une traductrice blanche ne peut plus traduire une poétesse noire aux États-Unis ; de même, on ne veut plus de voix « blanches » pour doubler des personnages « noirs » dans les films (rien n’est dit de l’inverse). Des acteurs noirs peuvent bien jouer des héros forcément blancs comme Arthur ou Achille dans des séries américaines, ou un guerrier viking, ou un aristocrate anglais des temps passés. Au nom de la réappropriation symbolique, juste retour des choses, réparation des crimes des Blancs, etc.

Mais l’inverse est devenu insupportable, comme les acteurs blancs jouant les Indiens dans les westerns. Les traductions devront donc respecter strictement l’origine ethnique, Chinois pour traduire des auteurs chinois, Arabe pour poète arabe, Juif pour romancier juif. À étendre aux écrivains : de quel droit un auteur blanc parlerait-il de personnages non blancs, un auteur noir de personnages non noirs, même pour en dire du bien, en faire des héros ? Il ne peut pas les connaître, entrer dans leur âme, il trahit forcément.

Dire que nous devrons renoncer aux romans du métis Alexandre Dumas, qui a eu la prétention de nous faire partager la vie et les pensées des trois mousquetaires plus un, d’Edmond Dantès et autres héros blancs qui nous ravissent. Au fond, quand Mme Pulvar justifie les réunions de l’UNEF interdites aux Blancs, à la parole blanche, elle ne fait qu’approuver cette pensée : quand on est blanc, on ne peut comprendre les sentiments des Noirs et en parler avec eux, qui ne sont bien qu’entre eux – et réciproquement, sans doute. Et Jean-Luc approuve en osant une comparaison hilarante avec les réunions des Alcooliques anonymes : il veut sans doute dire que les « Unéfiens » non blancs qui se réunissent à l’écart veulent se libérer de l’addiction à la couleur de peau et ont besoin de l’entre-soi pour ce faire ? Au nom de l’, le dans toute sa splendeur.

Revenons à notre point de départ, à l’ancestrale soumission et exploitation des femmes, et demandons-nous s’il ne faudrait pas aller sur la même voie, au nom de l’intersectionnalité des luttes. La condition des femmes ne peut être comprise que par des femmes et, je suppose, réciproquement, celle des hommes seulement par des hommes. Les auteurs masculins, même de bonne volonté, ne peuvent que trahir la féminité ou féminitude, « coupables, forcément coupables », comme disait une spécialiste. Je suggère qu’on épure, comme on le fait pour des contes ou des livres pour enfants, et que soient éliminés les ouvrages d’hommes ayant pour héroïnes des femmes. Antigone au panier et Phèdre et Mme Bovary et Le Lys dans la vallée et tant d’autres. Et pour être justes, nous ôterons Hadrien à Marguerite Yourcenar. Dans la série Austen, je garde Elisabeth mais je perds Darcy. En revanche, nous nous consolerons avec Mme de Lafayette et George Sand, ce qui n’est pas si mal, pour ensuite profiter pleinement de nos modernes féministes, si pleines de grâce et d’intelligence que, pour ne blesser personne, je renonce à les nommer.

30 mars 2021

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