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Editoriaux - Histoire - Religion - 1 avril 2018

Pâque juive, Pâques catholiques : en 2018, une proximité plus forte dans l’épreuve

Tout catholique est constamment rappelé, dans sa pratique, aux origines juives de sa foi. Bien sûr à chaque messe. Mais plus particulièrement lors des fêtes de . Tous les récits de la Passion et de la Résurrection sont imprégnés, conditionnés même, par les traditions juives du shabbat et de la célébration de la Pâque. Cette année, les deux fêtes coïncident et le Vendredi saint tombe le même jour que le début des festivités juives, qui commencent le jour du sabbat, dès le vendredi soir.

Mais cette année aussi, les deux communautés juive et catholique qui fêtent Pâque(s) sont, qu’elles le veuillent ou non, profondément et douloureusement ramenées à la signification même de cette fête centrale par les événements tragiques de la semaine écoulée.

Tout catholique, tout chrétien, quel que soit son degré de foi, de pratique, sa « tendance » dans l’Église (et la tendance ultra-majoritaire étant, bien sûr, celle de ceux qui se sont éloignés de l’Église et des églises), a été profondément remué par le profil et le geste du colonel Beltrame. Tout a été dit sur la dimension christique et sacrificielle de son acte lors de la prise d’otages du Super U. Tout sur son “geste de chrétien”, selon son épouse et le prêtre de Lagrasse qui allait les marier religieusement. Et l’on sait que le même jour, peut-être même dans les mêmes heures où le colonel Beltrame mourait de ses blessures, Mireille Knoll était assassinée dans son appartement à Paris. Un vendredi soir. À l’heure où commence le shabbat. À l’heure de la mort du Christ.

Ces deux événements tragiques donnent, cette année, un relief particulier aux fêtes de Pâques. D’abord car judaïsme comme christianisme partagent une même donnée théologique : le salut de Dieu advient dans l’Histoire. Ces religions ne sont pas des sagesses désincarnées ou éthérées faites pour nous arracher au tragique et nous faire léviter dans une méta-conscience zen, comme les aime la modernité.

Ensuite car ces deux fêtes de Pâques trouvent leur origine dans un événement historique : la sortie d’Égypte et de l’esclavage racontée dans l’Exode.

Exode… le mot était dans bien des têtes lors de ces célébrations. En songeant au départ massif des familles juives de certaines villes de banlieue parisienne et à l’assassinat de Mireille Knoll, que l’on soit juif ou chrétien, ou simplement un citoyen français de bonne foi, on ne pouvait pas entendre le texte biblique de l’Exode de la même façon.

Vous prendrez ensuite un bouquet de branches d’hysope, vous le tremperez dans le bassin contenant le sang de l’animal et vous toucherez le linteau et les deux poteaux de la porte avec ce sang.
Quand l’Éternel passera pour frapper l’Égypte et qu’il verra le sang sur le linteau et sur les deux poteaux, il passera par-dessus la porte et ne permettra pas au destructeur d’entrer dans vos maisons pour frapper.

Quant aux chrétiens français qui découvrent avec stupeur qu’ils sont passés, en une génération, de religion majoritaire à un tout petit reste lui aussi menacé, ce nouveau statut ne peut que les rapprocher de leurs frères aînés dans la foi. Désormais, l’agneau pascal a un goût identique pour les juifs et les chrétiens :

Vous le mangerez à la hâte, prêts à partir: la ceinture nouée aux reins, les sandales aux pieds et le bâton à la main. Ce sera la Pâque que l’on célébrera en l’honneur de l’Éternel.

Cette Pâque 2018, comme toute notre foi depuis le début des attentats islamistes, a certainement un goût plus amer. Plus amer mais aussi plus vrai.

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