Culture - Editoriaux - 30 avril 2019

Oyez, bonnes gens : Macron dans la rue, personne au balcon !

À l’occasion du cinq centième anniversaire de la mort de Léonard de Vinci, Emmanuel Macron recevra, ce jeudi 2 mai, Sergio Mattarella, président de la République italienne, à Amboise, en Touraine, ville dans laquelle le savant artiste et artistique savant mourut le 2 mai 1519, plus précisément au château du Clos-Lucé.

En ce 30 avril, la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre : à visite très spéciale, dispositif de sécurité très spécial. Entre autres mesures : interdiction aux peuplades habitant dans les immeubles situés sur le passage du cortège de la reine de Saba et du roi Salomon (à vous de deviner qui est qui) de paraître aux fenêtres. C’est La Nouvelle République qui, dans un premier temps, avait rapporté l’information. On imagine l’ébullition de cette tranquille petite cité de 13.000 habitants, nichée sur les bords de Loire, au pied du château royal. Précision : une mesure envisagée par le maire, si l’on en croit cette même Nouvelle République, et non par Emmanuel Macron, Christophe Castaner ou le préfet, pour calmer tout de suite toutes celles et ceux qui ont le réflexe rapide… Comme quoi l’art d’en rajouter une louche est également partagé à tous les échelons de « gouvernance » de ce pays. Mais quelques heures après, on apprenait que, finalement, la préfecture avait demandé à la mairie de renoncer à cette mesure. La préfète a-t-elle senti la colère du bon peuple qui montait, frustré de ne pouvoir acclamer son souverain tout en restant en pantoufle à la maison, un œil sur la télé, l’autre sur la rue ? Oyez, oyez ! Damoiselles et damoiseaux, gentes dames et gentils seigneurs, bourgeois de notre bonne ville d’Amboise, pavoisez vos balcons !

Mais qu’on ait imaginé, même quelques instants, d’interdire au bon peuple de se tenir à ses fenêtres est tout de même assez révélateur. Je crois, du reste, que le maire de cette ville est plus ou moins socialiste, mais de là à y voir un lien de cause à effet… En tout cas, avec des mesures de ce genre, Emmanuel Macron n’est pas près de guérir les écrouelles !

Cela, d’ailleurs, me rappelle une vieille histoire. En Touraine, justement. François Mitterrand, alors président de la République, avait décidé de visiter le musée du Compagnonnage à Tours (c’était, de mémoire, en 1988 ou 89). L’hélicoptère présidentiel devait se poser dans une caserne. À cette occasion, les autorités militaires avaient « déporté » la troupe pour la journée dans un camp de la région pour qu’elle y fasse des ronds dans les fougères. Dans chaque armurerie, qu’on n’avait pas pu vider totalement, on avait même enfermé un officier supérieur. Des fois que… François Mitterrand n’était évidemment pour rien dans cette mesure, tout comme Emmanuel Macron n’a probablement pas demandé à Castaner que les Amboisiens et Amboisiens restent derrière leurs volets.

Néanmoins, l’idée d’envoyer la population baguenauder dans la pampa environnante durant une visite présidentielle est à creuser sérieusement. Sinon, une autre solution : faire construire une ville en carton-pâte qui suivrait chaque visite présidentielle. On pourrait même envisager d’y adjoindre une troupe avec de vraies gens, pour applaudir au passage du prince. Ça s’appelle les villages Potemkine, à ne pas confondre avec le village Pokémon.

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