Audio - Editoriaux - Entretiens - 30 avril 2019

Alexandre Langlois : « Les ordres seront, grosso modo, pas de quartier »

Entre 1.500 et 2.000 Black Blocs seraient attendus le 1er mai à Paris, selon les renseignements de la préfecture de police, avec la crainte d’une « coalition Black Blocs et gilets jaunes ». Alexandre Langlois analyse, pour Boulevard Voltaire, les mesures envisagées par les autorités pour faire face à cette menace.

Que doit-on craindre de la manifestation prévue demain pour le 1er mai ?

Selon les renseignements de la préfecture de Paris, 1.500 à 2.000 Black Blocs seraient attendus. C’est à vérifier sur place. La préfecture de police craint une coalition Black Blocs et gilets jaunes. Ils craignent que ces deux groupes se mettent ensemble et que les forces de l’ordre soient dépassées. La préfecture de police a pris les devants en mettant en place des mesures assez radicales. Des chiens et des chevaux seront déployés. Pour éviter que les Black Blocs aient des armes par destination, il est demandé aux magasins, cafetiers et boutiques de barricader leur boutique de 6 h à 20 h. D’un point de vue pratique et opérationnel, c’est parfait. C’est normalement à la police d’assurer la sécurité de la population et non à elle de se calfeutrer chez elle parce qu’il y a un manque de savoir-faire de nos autorités.

Le 1er mai de l’année de 2019 pourrait-il être plus calme que celui de l’année dernière ?

S’il est plus calme, c’est qu’ils auront réussi à faire peur aux manifestants les plus radicaux. Cela ne semble pas être à l’ordre du jour. Il risque, au contraire, d’être plus violent. On aura davantage d’images catastrophiques d’un McDonald’s qui brûle avec nos collègues qui le regardent brûler. Il est dommage qu’il n’y ait pas de juste milieu entre ne rien faire, comme l’année dernière, et l’ultra-intervention violente qui est a priori prévue pour cette année.

Pour vous, c’est de la communication ?

Oui, c’est de la communication. Mais surtout, les ordres seront d’une tout autre nature par rapport à l’année dernière. L’année précédente, c’était plutôt laissez faire. Cette année, on va agir dans tous les sens avec des brigades motorisées qui ressemblent aux voltigeurs qui avaient été interdits. Encore faut-il taper sur les bonnes personnes et faire un usage légitime de la violence et non se retrouver à faire des bavures policières parce que les consignes, les formations et les ordres n’auraient pas été les bons.

À droite de l’échiquier politique, on dénonce assez régulièrement une supposée bienveillance des pouvoirs politiques vis-à-vis des Black Blocs. Confirmez-vous cette impression ou est-elle fausse ?

Nos collègues sur le terrain remontent régulièrement les informations. Il n’y avait pas l’ordre d’interpeller ou d’agir contre les personnes dissidentes dans les cortèges. Quand le slogan « Suicidez-vous » a été chantonné contre la police, les pouvoirs publics n’ont rien fait pour interpeller les gens sur place. Les forces de police avaient pourtant le temps d’interpeller et de récupérer ces personnes pour les présenter à la Justice.
M. Castaner a dit que c’était ignoble et honteux, mais on aurait préféré des interpellations et des présentations devant la Justice. Si on veut faire de la poésie, on va au ministère de la Culture. Si on veut faire du maintien de l’ordre et de la police, on fait du droit et on va au ministère de l’Intérieur.
Le 1er mai de cette année sera un peu particulier. Cela fera un an que l’affaire Benalla a éclaté. Certains viendront avec des masques de M. Benalla. Cette histoire est toujours d’actualité, même si le pouvoir avait, à une époque, parlé d’une affaire d’été. L’image de la police pâtit toujours de cette affaire car certaines personnes ont prétendu être des policiers. Cette histoire n’a toujours pas été réglée. Il est dommage qu’un an après, nous soyons toujours dans le flou artistique. La protection de M. Benalla par l’Élysée complique notre travail au quotidien.

Votre syndicat continue à être mobilisé sur l’affaire Benalla…

On ne compte pas lâcher le morceau puisqu’à chaque fois, on a raison. On ne sait toujours pas où est le coffre alors qu’il possède des documents pour faire avancer l’enquête. M. Benalla avait une fascination pour les armes.
Monsieur Ismaël Emelien avait pris des vidéos de surveillance de la préfecture de police pour les mettre sur des comptes fictifs de La République en marche. Nous l’avions dénoncé dès le mois d’août de l’année dernière. Au fur et à mesure que l’affaire avance, nous avons raison sur tout ce que nous dénoncions et sur les questions que nous posions.
Nous sommes toujours en attente que l’affaire soit délocalisée. Nous souhaitons éviter que le procureur en charge de l’affaire soit celui qui a été nommé par M. Macron l’été dernier. Nous voudrions que l’instruction soit déplacée dans un endroit un peu plus neutre. Pour le moment, nous sommes toujours en attente d’une réponse. Cela pose un sérieux problème d’indépendance de la Justice en France.

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