Editoriaux - Politique - Presse - 23 novembre 2015

Onfray, un idiot utile ?

Haro sur le Onfray ! Tigre, Ours, tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins, loups quelque peu clercs, et autres puissances journalistiques, meute courtisanesque lapant la main du maître ou, selon les ordres, déchiquetant l’âne enquiquinant, tous lui sautent sur le poil. « Comment Michel Onfray est devenu la caution intellectuelle de Daech », titre L’Express. Le site Atlantico, le bien nommé, enfonce le croc : « Michel Onfray, l’homme qui crache sur les morts de Paris. » Une variante trash, Daech, du roman de Boris Vian, pas moins. Onfray, un salopard ?

Le crime est objectivement sans rémission : le présumé État islamique a repris, dans une vidéo de propagande, une intervention « provocatrice », ou « courageuse », selon les goûts, du philosophe intempestif, qui dénonce les bombardements de l’aviation française contre les djihadistes en Syrie. Il prétend « être utile » (si si, il a dit « utile ») pour « sauver la paix ». Il avance un argument qui vaut ce qu’il vaut, et qui, en tout cas, mérite d’être débattu, si l’on est favorable à la liberté : « Bombarder l’État islamique ne permettra pas de calmer les jeunes soldats de l’État islamique qui sont partout dans les banlieues en France. »

Étrangement, cette bastonnade par voie de presse, et la ruée dans les brancards qui en est l’origine occasionnelle, semblent mimer la comédie du siècle précédent. Hitler s’appuya, par exemple, sur le ressentiment qu’avait engendré l’intransigeance française, humiliante pour le peuple allemand ; les intellectuels pacifistes, compagnons de combat des communistes, invoquaient les abus capitalistes et libéraux pour soutenir Staline ; il était de bon ton de considérer que ceux qui n’étaient pas avec vous étaient contre vous, c’est-à-dire contre le bien. Bref, à tort ou à raison, que la démonstration fût en partie vraie ou totalement fausse, régnait dans la pensée politique la binarité, ce que sont les réflexes conditionnés pour l’animal-machine.

Nous en sommes encore là. Car enfin, de quel droit des plumitifs, gardiens du temple de l’argent-roi, subventionnés honteusement par les princes qui nous gouvernent, les ayant toujours justifiés à l’aide de mensonges et de sophismes, se permettent-ils de harceler haineusement l’un des rares intellectuels à penser vraiment, dans notre pauvre pays étouffé par la nullité désastreuse des BHL, d’Attali, de feu Glucksmann ? Tous ces caniches atlantistes qui ont hurlé avec les loups durant les guerres de Serbie, d’Irak, de Libye, de Syrie, qui ont appuyé la destruction des États laïcs au Proche-Orient, pour des raisons inavouables, pour que le chaos s’étende au profit de certaines puissances mondiales ou régionales, et qui n’ont jamais voulu dévoiler la vérité, par exemple que Daech étaient soutenu par le Qatar et l’Arabie saoudite, indirectement (ou directement) par les Occidentaux, n’auraient-ils pas la décence de garder la queue entre les jambes ?

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