Le pouvoir, toujours prompt à s’autocongratuler, prétend que la formule (qui remplace APB) est géniale et qu’elle permettra une répartition harmonieuse des bacheliers. Espérons-le, mais je pense plutôt qu’on court au devant d’un accident industriel de grande ampleur qui fera regretter les petits (et peu graves !) dysfonctionnements d’APB.

Dans l’ancien système, 25 % des formations étaient sélectives et les établissements qui les dispensaient classaient les postulants ; ceux-ci faisaient de même avec leurs vœux. Un algorithme qui fonctionnait bien permettait de faire coïncider les deux. S’il était pris, un étudiant devait accepter le premier vœu qu’il avait émis et dans lequel il n’avait pas été définitivement refusé. S’il n’était pas refusé dans des filières qu’il préférait, mais classé en liste d’attente, il avait le droit d’accepter provisoirement le vœu qu’on lui présentait et d’attendre les tours suivants où, peut-être, une place se dégagerait pour lui. Pour éviter que les formations non sélectives n’aient un trop grand nombre d’inscrits, on imposait des critères géographiques. Pour quelques filières (STAPS, droit), on départageait les postulants par un stupide tirage au sort mais cela ne concernait que moins de 2 % des étudiants. Il aurait suffi que les formations dites en tension instaurent non une sélection mais des prérequis pour rétablir l’équilibre et la justice.

Avec Parcoursup, les universités étudieront les dossiers et délivreront une des trois mentions suivantes : « oui », « oui si » (impliquant une nébuleuse remise à niveau souvent par Internet !) et enfin « en attente » (= non). Les 200.000 étudiants qui ont moins de 10 de moyenne au lycée, ceux qui passent un bac technique ou professionnel, risquent de se trouver partout en attente (donc refusés). En théorie, le rectorat leur donnera une affectation, mais les universités risquent de se défiler et, au final, ce n’est pas 10.000 étudiants qui se trouveront en souffrance mais 50.000. En outre, comme il n’y a plus de classements par les établissements et les élèves (à rebours de ce qui se fait partout en Europe), les meilleurs des étudiants recevront une dizaine de oui, occupant indûment des places où ils n’iront pas. Des mécanismes ont, certes, été prévus pour remédier à ce problème, mais fonctionneront-ils ? À la fin d’une procédure chaotique, on risque de se retrouver avec des formations qui ne feront pas le plein et des étudiants sans affectation.

Imposer des prérequis pour entrer dans une université et proposer une éventuelle remise à niveau est sensé. Cela aurait dû être mis en place depuis longtemps, mais au vu de leurs attendus, les universités sont trop exigeantes. Elles écarteront (peut-être) ceux qui n’avaient aucune chance, mais également beaucoup d’étudiants qui, jusqu’alors, avaient une chance sur deux de réussir. Est-ce le but ? Et, surtout, il faut rétablir d’urgence, dès la première phase, les classements des vœux et des candidats pour éviter une catastrophe de grande ampleur.

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