La photo du visage tuméfié du célèbre sportif Pierre-Ambroise Brosse suscite une grande émotion dans la presse et sur les réseaux sociaux.

Laurent Obertone, auteur de La France Orange mécanique, rappelle que les agressions de ce genre sont très banales dans notre pays. Si banales que la presse ne les évoque plus. Il faut être champion olympique pour qu’on en parle.

Pierre-Antoine Brosse a été agressé il y a quelques jours. Il a donné son témoignage en l’illustrant par des photos. Tout le monde relaie ce témoignage tant il a l’air exceptionnel.
Vous avez écrit il y a quelques années déjà La France Orange Mécanique.
Quelle est votre réaction devant ce fait divers qui devient au véritable objet de passion ?

C’est toujours choquant de voir la réalité d’une agression ultra-violente. On est tellement habitué à lire dans le journal les coups et blessures, les ITT, et des chiffres qui se rapportent à des faits totalement désincarnés. Quand on a face à soi le visage tuméfié d’une victime, qui plus un visage connu que l’on a vu radieux il y a très peu de temps, on est évidemment bien plus choqué et concerné que si c’était une banale manchette de fait divers.
Or, malheureusement, comme je l’écris dans la version actualisée de 2015 de La France Orange Mécanique, il y avait 1360 violences physiques hors ménages tous les jours en France.
C’était en 2015. Les chiffres ont encore considérablement augmenté depuis. L’ultra-violence, c’est partout et tout le temps. Il faut le dire clairement, quand on n’est pas connu, tout le monde s’en fout !
Il n’y a pas la chair. Les gens ne vont pas aux tribunaux pour se rendre compte des dégâts physiques et psychiques que représentent ces agressions. Elles sont devenues d’une banalité si affligeante que plus aucun média ne daigne en parler. Aujourd’hui, il faut que la victime soit un champion olympique pour qu’on en parle.

Vous évoquez la question des coups et blessures. On a du mal à ce rendre compte ce que cela représente. Que recouvre exactement cette appellation ?

C’est une notion extrêmement vague.
Certains médias insistent sur le fait que le taux d’homicide n’est pas particulièrement élevé en France et est plutôt en baisse sur l’ensemble des dernières années, si bien sûr on fait exception des attaques terroristes. Derrière ce constat, on parvient à éluder tout un tas de coups et blessures ayant entraîné la mort, où la mort est intervenue ultérieurement. En fait, on allège le classement d’homicide de quantité d’actes violents de ce genre, comme des comas qui entraînent la mort ou des actes ultra-violents de cette nature. Cela permet de minimiser considérablement la réalité de l’ultra-violence française.
Les progrès de la médecine permettent aussi de sauver de nombreux individus victimes de coups et blessures. Dans le cas de Pierre Ambroise Bosse, il s’agit de fractures faciales. Si elles n’étaient pas bien soignées, elles laisseraient des lésions à vie.
Le traumatisme en revanche reste là, mais cela n’intéresse personne.
On sait très bien que notre société préfère se pencher sur les traumatismes des délinquants, sur les grands malheurs qui ont pesé sur leur enfance et qui les ont poussé à tabasser cet athlète, plutôt que sur les répercussions que cela aura sur la vie de Pierre Ambroise Bosse.
Lui sera plus entouré que d’autres. Mais beaucoup de victimes doivent surmonter cela seul. Les associations d’aide aux victimes sont en réalité assez peu nombreuses et en tout cas beaucoup moins puissantes financièrement que les associations d’aide aux délinquants.

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