Editoriaux - 24 novembre 2018

On est rassuré : le chiffre des migrants clandestins est “insignifiant”

La deuxième conférence internationale des ONG africaines, membres du Conseil économique et social de l’ONU (ECOSOC), s’est tenue à Alger cette semaine. La question migratoire y a été abordée. L’occasion, pour des chercheurs africains, d’annoncer benoîtement que l’immigration légale aussi bien qu’illégale depuis leur continent ne constitue aucune sorte de menace pour l’Europe.

Ainsi, sur les 36 millions de personnes ayant tenté d’immigrer, seuls 7 millions (20 %), dont 5,5 millions de médecins, ingénieurs, étudiants et autres, ont immigré légalement en Europe. Le reste, soit 1,5 million (0,3 %), sont des migrants clandestins, un chiffre qui ne constitue aucunement une menace pour l’Europe. 1,5 million : un chiffre “insignifiant”, ont estimé les participants de cette conférence. Dans ce cas… Notons que nous ne devons pas avoir la même calculette : 1,5 million sur 36 millions, cela fait 4,1 % et non 0,3 % !

On se demande, d’ailleurs, où sont passés les 29 millions ayant échoué à traverser ! Ont-ils disparu en mer ? Sont-ils dans des camps d’infortune au bord des côtes – camps dont l’Afrique nie l’existence ou dont elle refuse de se préoccuper (voir plus loin) ? Ont-ils été pris comme esclaves par les pays qui s’adonnent encore à cette pratique ? On se perd en conjectures…

Pour la France, l’on se réjouit vivement que ces brillants médecins soient venus compenser les effets du numerus clausus des facs de médecine. Le milliard d’euros de l’AME valait bien cela, non ? Quant aux susdits ingénieurs et autres étudiants, voir en leur présence les failles des admissions post-bac ou la hausse du chômage relèverait d’une bien étroite vision, n’est-ce pas ?

Se serait-il glissé quelques mauvais garçons dans les rangs de ces 7 millions de personnes, des inconditionnels de la charia, des objecteurs d’inconscience de la laïcité, des refuzniks du féminisme à la Marlène Schiappa ? On tremble… On tremblait.

Qui plus est, l’Europe, dit encore le même rapport, aurait le culot d’utiliser ce phénomène migratoire « comme un levier de pression sur les pays africains en leur faisant porter la responsabilité de freiner ce phénomène, sans prendre en compte les problèmes socio-économiques l’ayant engendré sur le continent. » Bah oui ! Quelle outrecuidance, ces Salvini et ces Orban qui osent arguer de la décolonisation et de la responsabilité propre des “élites” africaines pour leur demander de régler eux-mêmes les problèmes… de l’Afrique. De là à dire que ces experts demandent un retour de la Françafrique, il n’y a qu’un bras de mer bien encombré que l’on ne saurait franchir !

Quant à l’inconséquent Président français qui demande aux Africains d’accepter la création de camps de rétention de migrants – quel vilain mot ! – sur leur sol, il doit savoir que c’est là une “chose que ces derniers refusent encore catégoriquement”.

Mais, après tout… Nous sommes bien confortés par les dires de ces gens car “83 % des migrants africains en Europe sont en quête de sécurité et de travail, d’après des sondages d’opinion menés auprès d’eux” – ouf ! on s’était posé un instant la question. Par décence on évitera de demander ce que sont venus chercher les 17 autres pourcents, soit 1,2 million de gens. Pas plus qu’on ne saurait s’ingérer sur les moyens de résolution des conflits et problèmes africains, moyens sur lesquels ces experts jettent un voile pudique.

À lire aussi

Accepter Orbán, mais rejeter le RN : où est la logique ?

Où l’on mesure combien ceci est jeu de dupes ! …