Avec un fracas, cette fois-ci très provincial, l’actualité vient une fois de plus nous rappeler que notre monde désaxé ne tourne plus très rond. Quels cinglés ou quels barbares hallucinés, rôdant en liberté, peuvent en avoir autant auprès des équidés ? La plus belle conquête de l’homme après la femme et Médor. Il faut avoir la dent dure ou d’autres motivations ! Se sont-ils reçu, étant enfants, une ruade bien placée ou veulent-ils honorer dans le sang équin une divinité exotique, voire diabolique ? Sont-ce des prélèvements pour alimenter le marché noir de la lasagne au bœuf chevalin ? Sont-ce des crève-la-faim chassant leur pitance ? Pour une fois, ce ne peut être des « voleurs de poules » qui ont comme réputation de ne capturer que des écureuils ou bien des hérissons.

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés : Pur-sang, hongres, juments, ânes, bardots, mulets, poneys… zèbres s’il y en avait, tournant dans les manèges ou broutant paisiblement dans les prés. Oreilles coupées, museaux tranchés, poitrails et flancs balafrés à la machette… ça ne sonne pas très vegan. Il faut chercher ailleurs.

Ce qui est étonnant, c’est que ces exactions se déroulent, depuis quelques mois, sur tout le territoire. Soit il y a un phénomène de mimétisme – ce qui existe chez les tueurs en série –, soit il s’agit d’un voyageur de commerce à long rayon d’action, comme pourrait l’être un boucher chevalin reconverti dans la vente Tupperware™, ayant viré psychopathe devant l’opprobre, la désaffection et la ruine provoquée par les attaques furieuses d’antispécistes radicaux.

Il serait judicieux que l’association L214 organise des rondes autour des enclos et des écuries afin de filmer, en vision nocturne, ces actes de barbarie puis d’afficher les trognes des coupables sur tous les réseaux sociaux imaginables. Quant aux haras nationaux, nous pouvons faire confiance aux cavaliers du Cadre noir de Saumur pour ajuster la jugulaire de leurs bicornes, affûter leurs sabres et patrouiller à l’amble pour protéger leurs montures.

Continuons à élaborer des hypothèses, et même les plus saugrenues. Ces sauvageries seraient-elles reliées à des agissements superstitieux ou bien à des cultes sataniques ? Les mêmes qui poussaient jadis la populace à clouer des chouettes aux portes des granges ou qui incitaient à brûler, sur des bûchers, les chats noirs de sortie durant les nuits de pleine lune. Cela est peu crédible car nous évoquons là des temps obscurs par bonheur révolus. De plus, dans notre civilisation gréco-romaine et chrétienne, le cheval reste encore le noble véhicule des dieux et des héros. Alors, pourrait-on imaginer un lien avec des cultes de sorcellerie vaudou, à l’instar de ces deux chanteurs en herbe franco-camerounais qui, sur les conseils d’un marabout malien, profanèrent, cet été 2020, à Lannemezan, 63 tombes en guise de sacrifice pour le bénéfice de leur carrière de rappeurs ? Il faut le reconnaître à leur décharge : même sous l’empire de la transe, torturer un cheval de cinq quintaux n’est pas aussi facile que d’égorger un poulet d’un coup d’incisives… à moins de se métamorphoser en loup-garou à l’instar des « hommes-léopards » du Congo de Tintin.

À chaque créature que l’on torture, c’est notre enfance qu’on assassine ou qu’on achève d’une balle dans le front : « Il s’appelait Stewball, c’était un cheval blanc, il était mon idole… et moi j’avais dix ans. »

28 août 2020

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