Editoriaux - Société - 26 juin 2019

« On a des droits à quelque chose, pas à quelqu’un » : merci, Madame Agacinski !

Nous sommes entrés dans un tel temps de la déliquescence que la moindre parole sensée, le plus petit propos de bon sens qui osent aujourd’hui s’afficher dans les hautes sphères de l’État font l’effet de pépites rares.

Ainsi en est-il de Sylviane Agacinski, épouse Jospin, philosophe émérite, souvent raillée comme « feministe » militante, mais qui – en tant que féministe, justement – met aujourd’hui les pieds dans le plat avec fracas. Au menu : la PMA pour toutes et son inévitable corollaire, la GPA pour tous.

Sylviane Agacinski a une longue carrière derrière elle, largement orientée vers les sujets de société. Depuis que la question est arrivée dans le débat public, elle s’est positionnée pour la parité et le mariage homosexuel « au nom de l’égalité », mais s’est toujours déclarée fermement opposée à l’adoption plénière pour les couples de même sexe.

Pour répondre à ce qu’elle considère comme une dérive dangereuse, elle publie L’Homme désincarné : du corps charnel au corps fabriqué. Une réflexion fondée sur ce constat : « La bioéthique semble perdre tout repère. »

Venue défendre son ouvrage et son point de vue hautement iconoclaste dans les médias – l’épouse d’un ancien Premier ministre socialiste ose s’élever contre la marche du monde… –, elle dénonce la contamination des esprits par les dérives venues d’outre-Atlantique :

« J’ai constaté, en voyant l’évolution des discours et des propositions, que progressivement nous adoptons le vocabulaire et la logique des Instituts de technologie de reproduction humaine américains qui font que l’enfant n’est plus conçu comme un être engendré par deux personnes, par un homme et une femme, mais comme un être fabriqué et où la parenté n’est plus déterminée par des relations interpersonnelles mais se trouve déterminée par la volonté. »

Une dérive qui, dans certains États, s’inscrit déjà dans la loi. Ainsi, « la cour de Californie a défini comme “parent d’intention” un couple, quel qu’il soit, qui utilisait une mère porteuse pour faire un enfant ».

Le danger, c’est en effet le changement total de paradigme. Celui qui ne fait plus reposer la parenté sur « le rapport personnel et charnel à l’enfant », mais simplement sur « la volonté et le consentement » pour le fabriquer. Elle pensait, dit-elle à France Inter, qu’« une généralisation de la PMA n’entraînerait pas la GPA, que notre droit était ferme là-dessus ». Or, la dérive est patente, qui transparaît dans des discours « qui défient la raison » et nient tout simplement l’existence des sexes pour ne laisser la place qu’aux genres. Si nous autorisons la PMA pour toutes, il y aura forcément la GPA pour tous.

Or, dans le temps que nous vivons, où le manichéisme est roi, impossible désormais d’en débattre sans encourir l’habituelle reductio ad hitlerum.

Reste un point essentiel jamais abordé : la revendication, par les couples LGBT, du « droit à la GPA » n’est rien d’autre que le droit d’acheter des femmes, « ce qui est une régression incroyable dans notre culture ». Enfin, dit-elle, « tout enfant, qu’il naisse en laboratoire ou autrement, naît d’un homme et d’une femme. La famille, comme la sexualité, c’est une totale liberté mais ce n’est pas un droit. On ne peut pas avoir droit à un enfant. L’enfant est une personne ! On a des droits à quelque chose, pas à quelqu’un. » Et dans notre société qui se prétend si éprise d’égalité, on s’apprête à en construire une de taille pour ces enfants qui, inévitablement, se demanderont un jour : « Pourquoi, moi, je n’ai qu’une seule parenté, une parenté monosexuée ? »

« Si j’ai pris position, dit Sylviane Agacinski, c’est parce que je ne pensais pas qu’on irait si loin. »

La loi de bioéthique arrive, en principe, devant le Parlement à l’automne prochain… à moins qu’on ne retarde l’examen de ce sujet épineux au-delà des municipales.

Reste donc à espérer qu’il n’est pas trop tard pour peser dans le débat…

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