Editoriaux - Société - 25 juin 2019

Offensive de la canicule : le brevet recule, le gouvernement gesticule, mais les Bretons résistent !

C’est fait, la Bretagne est vengée. Voici que son climat légendaire si souvent raillé – « Il y a combien de saisons, en Bretagne ? Deux : l’hiver et le 15 août » – est soudain, en cette période de canicule, terriblement convoité.

Les réseaux sociaux multiplient les facéties sur le sujet. Le Gorafi annonce que « la Bretagne ferme sa frontière face à l’arrivée massive de réfugiés climatiques ». Dans la même veine, un certain @Panoramix, sur Twitter, lance que « la Bretagne n’a pas vocation à accueillir toute la misère climatique de France », et @BreizhOfficiel met en garde : « Attention, alerte canipull sur la Bretagne ! C’est comme la canicule, mais avec un petit pull. »

De leurs petits bras musclés, le chapeau rond vissé sur leur tête de cochon, ils ont donc empêché la chaleur de rentrer dans leur région. Et la comparaison n’est pas si infondée car, à écouter certains ténors du dérèglement climatique, les degrés du thermomètre seraient une sorte d’armée d’occupation : le 6 juin, sur le plateau de CNews, alors qu’était évoquée la commémoration du Débarquement, le chroniqueur Clément Viktorovitch a même fait très sérieusement devant moi l’audacieuse comparaison… Et gare, non pas seulement aux climato-sceptiques – qui, eux, sont virtuellement jetés dans la fosse homophone -, mais simplement aux climato-abouliques, comme moi, qui, n’ayant aucune connaissance spécifique ni, donc, de religion dans un sens comme dans un autre sur un sujet scientifique devenu presque ésotérique – avec ses grands prêtres et ses oracles -, restent donc mutiques, impressionnés par tant de connaissances péremptoires dogmatiques.

Cette difficulté à rejoindre aveuglément un chœur lyrique doit être due à ma caboche (un peu) bretonne. Née par accident à Paimpol, j’ai entendu toute ma jeunesse, en tendant ma carte dans le train, les vieux contrôleurs fredonner la chanson de Théodore Botrel, avec la falaise, le clocher et le grand pardon… Puis ils ont pris leur retraite, et les seules réflexions qu’inspirent aujourd’hui mes papiers d’identité sont « sasécricoman ? » – non, pas de e à la fin, ce n’est ni une métro, ni une mégalo, mais simplement Paim… Pol ! – et « cétakelendroi ? » Une autre chanson, donc : Botrel, son clocher et son pardon ont basculé sur la falaise de l’inculture globalisée.

Qu’il n’y ait pas de canicule n’empêche pas que le brevet y soit aussi reporté, comme dans le reste de la France, pour « garantir la sécurité des élèves ». Ouest-France rapporte que même si au paroxysme de la canicule, « à Quimper (Finistère), les températures ne devraient pas aller bien au-delà des 30 ° », « il va falloir s’organiser ». Par solidarité.

Pour « garantir la sécurité des élèves », et selon le principe de réciprocité, la Bretagne devrait exiger que soit repoussé tout examen national tombant un jour de pluie : rester le temps de l’épreuve, tout transi et les pieds mouillés (par le trajet jusqu’au centre d’examen), pouvant occasionner de gros rhumes couplés à de graves éternuements. Autant dire qu’à ce train-là, tout est ajourné sine die.

Mais plus que les adolescents, ce sont, bien sûr (2003 oblige), les personnes âgées qui sont l’objet de toutes les attentions – à raison. Rappelons que les corps de 57 personnes décédées pendant la canicule n’ont jamais été réclamés par leur famille. Peut-être parce qu’ils n’en avaient pas. Ou plus. Ou que les liens étaient trop distendus.

On se tue à dire à ce gouvernement que protéger la filiation, l’identifier, la soigner, et non la morceler et la pulvériser façon puzzle via la PMA ou la GPA, n’est pas une lubie de conservateur empreinte de moralisation détestable mais un investissement durable, notamment pour constituer une armée de supplétifs bienveillants qui s’inquiéteront de la déshydratation de leurs parents avec affection et surtout sans demander de rétribution. Ça mérite réflexion, non ?

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