Alors que s’annonce une crise économique d’ampleur, la France sait se montrer généreuse. Selon Jean-Yves Le Drian, elle va consacrer 1,2 milliard d’euros à la lutte contre le Covid-19 en . De son côté, l’Union européenne devrait accorder plus de 20 milliards d’euros aux pays les plus vulnérables du continent africain et du reste du monde. Mais cette solidarité n’est pas « sans arrière-pensées », comme le précise Le Point.

Le 24 mars, notre ministre de l’Europe et des Affaires étrangères avait déjà expliqué que « c’est une question de solidarité, mais c’est aussi une question de sécurité ». L’Union européenne va dans le même sens : « Nous ne pouvons pas nous concentrer uniquement sur les problèmes en Europe, car les problèmes dans d’autres régions seront, tôt ou tard, nos propres problèmes », a déclaré récemment Josep Borell, le haut représentant pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité.

Cet apparent bon sens cache des désaccords au sein de l’Union. Il ne s’agit pas d’argent frais, mais de « fonds alloués non dépensés réorientés pour la lutte contre la pandémie », selon Michael Köhler, un des responsables des services pour les opérations d’aide humanitaire. Il eût été étonnant que les pays européens, incapables de coopérer entre eux, se mettent si facilement d’accord pour aider l’Afrique. On est encore loin du compte, puisque l’ONU a chiffré les besoins de l’ensemble des pays en développement à 2.500 milliards d’euros.

Quoi qu’il en soit, Jean-Yves Le Drian et ses partenaires européens comprennent que l’extension de l’épidémie en Afrique constitue un danger pour l’avenir. Ils ne vont pas jusqu’à dire que, si l’épidémie restait confinée là-bas, ce serait moins grave, mais ils admettent qu’elle risque de revenir en Europe et provoquer une seconde crise sanitaire, à supposer qu’on parviennent à juguler la première. Pour une fois que les autorités françaises anticipent, on ne va pas se plaindre ! Bien qu’on aurait aimé les voir illustrer leur capacité d’anticipation en France, pour commencer.

Il faut donc aider l’Afrique maintenant, pour qu’elle ne nous contamine pas plus tard. Mais on se garde de préciser ce qui justifie cette crainte. Dominique Strauss-Kahn, lui, n’y va pas par quatre chemins. Dans Le Figaro du 6 avril, l’ancien patron du FMI a expliqué que l’effondrement économique en Afrique « risque de replonger des millions de personnes de la “classe moyenne émergente” vers l’extrême pauvreté » et prédit, si l’on ne fait rien, un déferlement migratoire : « L’Europe avait déjà le plus grand mal à gérer l’afflux de quelques centaines de milliers de migrants se pressant à ses portes. Qu’en sera-t-il lorsque, poussés par l’effondrement de leurs économies nationales, ils seront des millions à tenter de forcer le passage ? »

La crise du coronavirus pourrait donc avoir des conséquences incalculables sur l’équilibre précaire du monde. On peut espérer que nos gouvernants en sont conscients, mais pas question pour eux de l’énoncer clairement et de rompre avec le politiquement correct. Quand on pense que Macron a demandé à ses ministres de se projeter dans l’après-coronavirus, que des élus de la majorité prétendent bâtir un grand plan de transformation pour « préparer, tous ensemble, le jour et le monde d’après », on se demande s’il leur reste encore une once de pudeur. Ceux qui sont responsables de la situation actuelle de la France ne sont, en aucun cas, légitimes pour œuvrer à sa renaissance. Les fossoyeurs ne seront jamais des bâtisseurs !

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