Il y a à peine trois mois – autant dire un siècle -, les candidats à la mairie de Paris faisaient assaut d’écologie pour séduire le bobo à roulettes : « végétalisation massive de dizaines de rues 100 % piétonnes dans tous les arrondissements, Central Park parisien de 30 hectares à la place du réseau ferré de la gare de l’Est, vaste espace de verdure et d’activités aménagé sur la voie sur berge », rien n’était trop beau ou trop coûteux pour injecter la campagne dans la ville.

Quelques milliers de morts plus tard, de bons esprits commencent à s’interroger sur la pertinence de cette idée mirifique, comme dans une récente tribune du Monde signée Jean-Christophe Fromantin, maire de Neuilly-sur-Seine, et Didier Sicard, épidémiologiste et ancien président du Comité national consultatif d’éthique : « La multiplication des interactions à haut risque entre la ville et la nature devrait nous inciter à faire preuve de plus de discernement. »

In limine, ils constatent que, partout dans le monde, l’urbanisation accélérée porte « en germe des déflagrations écologiques à haut potentiel de viralité ». D’autant que les urbains concentrés auraient la fâcheuse tendance d’égayer leur environnement en y introduisant plantes ou animaux sauvages dans un milieu incompatible avec leur développement.

Si le yucca et le couple de perruches au douzième étage d’une tour de Bobigny étaient dangereux, on s’en serait probablement déjà aperçu ; mais pour le pangolin dans la baignoire ou la mygale dans le vivarium, ce n’est peut-être pas exclu…

Dès lors l’idée, si au goût du jour, d’offrir à grande échelle, dans nos villes, des espaces de verdure où insectes, rats, oiseaux, chauves-souris ou reptiles s’échangeraient joyeusement des virus – toujours susceptibles de mutations et parfois transmissibles à l’homme – ne serait peut-être pas si bonne.

Pour les auteurs, « la multiplication de ces interactions à haut risque entre la ville et la nature devrait nous inciter à faire preuve de plus de discernement […] mettre la nature en ville est une promesse dangereuse ». Et toc pour les écolos !

Ayant mis les villes en garde contre « les sirènes du verdissement », les deux compères avertissent aussi sur le risque symétrique de transformation « d’espaces naturels en zone de production à haut rendement pour nous permettre de manger des tomates toute l’année », et la déforestation qu’elle implique. En réalité, nos surfaces forestières ne diminuent pas, mais les feuillus y sont remplacés par les résineux beaucoup plus rentables, surtout le douglas, mais sous lequel plus rien ne pousse, privant ainsi la faune indigène de nourriture et la chassant vers… les villes !

Mais parue dans le quotidien « de référence », cette tribune ne pouvait manquer une petite génuflexion devant le mythe d’un gouvernement mondial : « Aurons-nous l’audace d’aller plus loin ? De proposer la constitution d’un tribunal sanitaire international afin de pointer et de sanctionner les comportements irresponsables à l’origine de ces pandémies ? » Et pourquoi pas présidé par George Soros ! On voit qu’une totalement inefficace pendant la crise sanitaire n’a pas ouvert les yeux des deux compères sur l’inutilité, voire la toxicité, de ces mangeoires à fonctionnaires supranationaux.

Ils feraient mieux de s’inspirer de Philippe Muray, qui décidément, nous manque de plus en plus, et de son Tombeau pour une touriste innocente, laquelle avait trouvé la solution :

« Faute de posséder quelque part un lopin/Elle s’était sur le Web fait son cybergarden… »

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