Editoriaux - Histoire - 1 mars 2019

Non, profaner une tombe de croisé n’est pas “cocasse”

Quand une tombe est chrétienne, sa profanation est “cocasse”, selon Le Parisien du 26 février. Imaginons un seul instant qu’elle ait appartenu à une autre religion… Mais ce n’est pas le sujet. La tombe en question, profanée récemment en Irlande avec d’autres, est celle d’un “croisé” du XIIe siècle. Cette appellation de “croisé” est une invention des historiens modernes ; jamais, à l’époque, personne ne s’est donné ce nom. il faut donc rappeler ici quelques vérités historiques.

Quand les Arabes prirent Jérusalem au VIIe siècle, ils autorisèrent les chrétiens à continuer de se rendre au Saint-Sépulcre, le tombeau vide de Jésus. Mais en 1071, les Turcs seldjoukides, nouveaux maîtres de la ville, interdirent la poursuite de cette dévotion, et leur remplacement en 1098 par les Fatimides n’y changera rien. Pendant plus de vingt ans, l’opinion en Occident – alors en pleine expansion démographique et économique – s’embrasa au point qu’en 1095, répondant au fameux appel du pape Urbain II, 40.000 hommes, femmes et enfants, la plupart non-combattants, s’ébranlèrent à la suite du moine Pierre l’ermite pour forcer le passage. Soucieux ne pas alarmer les pays chrétiens qu’ils devaient traverser, ils se cousirent une croix sur leurs vêtements. Ils furent anéantis l’année suivante en Anatolie, et les Turcs érigèrent une pyramide avec leurs têtes. Voilà la véritable “première croisade”, et non pas celle des hauts seigneurs qui a immédiatement suivi, à laquelle les historiens fantaisistes du XIXe siècle attribuent ce numéro. En tout cas, personne à l’époque ne parlait de “croisade”, mais de “pèlerinage”, ou du “voyage”.

Il n’était pas question, à l’origine, de conquérir les lieux, mais d’ouvrir le passage : c’était un pèlerinage armé. Cependant, une fois la ville prise en 1099, quoi faire ? Retourner en Occident, c’était laisser les oppresseurs revenir… Et durant deux siècles, les Francs de Terre Sainte, menacés d’être submergés, appelleront leurs frères à la rescousse : c’est la cause des “croisades” suivantes. La chute de Saint-Jean d’Acre en 1291 sera une défaite en apparence, mais l’essentiel sera acquis : le droit pour les chrétiens de venir se recueillir au Saint-Sépulcre.

Imaginons aujourd’hui que l’armée américaine ferme la route de La Mecque aux musulmans : une guerre mondiale s’ensuivrait. Certes, comparaison n’est pas raison : un pèlerinage n’est pas un devoir chez les chrétiens, tandis que le hadj est un des cinq piliers de l’islam. Il n’empêche que cette comparaison est plus proche de la vérité que les billevesées que les ennemis de l’Eglise racontent sur nos prétendues “guerres saintes” de conquête.

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