Editoriaux - Polémiques - Politique - 1 septembre 2018

Nomination de l’ami Besson : non, ce n’est pas rien, Emmanuel Macron !

Le Président a tenu sur une ligne impeccable et maîtrisée durant à peu près un an. Puis, comme une corde qui se détend, une tension qui se relâche, de nombreux signes dérisoires ou plus importants ont montré qu’il empruntait le registre, pouvait-on penser, de Nicolas Sarkozy. Mais il a plutôt inventé sa propre voie, un mélange d’autorité et de désinvolture. Avec une indifférence totale à l’égard des récriminations politiques des oppositions et des critiques médiatiques.

On attendait beaucoup de lui. Son élection avait représenté un immense espoir sur le plan de la morale publique et pour la dignité, la rectitude du comportement présidentiel. On avait l’impression qu’après des quinquennats pour le moins perfectibles, enfin la démocratie allait trouver son héros et son héraut.

Laissons de côté, pour être aimable, un certain nombre de nominations et de choix qui, directement ou indirectement, peuvent laisser percevoir plus des dilections personnelles ou des critères corporatistes – la promotion de l’ENA du président de la République n’a pas été vraiment oubliée – que des lucidités techniques incontestables. Laissons de côté les soutiens abusifs et suicidaires maintenus à des personnalités et à des causes douteuses. Par exemple, celle de Françoise Nyssen. Laissons de côté Bertrand Delais, Stéphane Bern et Alexandre Benalla, même si je les mêle de manière indélicate, même si, sans doute, on en a trop parlé. Jusque-là, l’argumentation du pouvoir pouvait encore être recevable car Emmanuel Macron n’avait pas encore décidé de franchir le Rubicon de l’arbitraire et du bon plaisir.

Je ne crois pas que la prochaine nomination de comme consul général à Los Angeles soit du même ordre.

D’abord parce que, pour lui, on a probablement modifié par décret, en les faisant échapper à la diplomatie classique, la règle sur les emplois réservés qui, dorénavant, seront à la discrétion du pouvoir pour promouvoir ou récompenser ses amis.

Et surtout à cause de lui.

Philippe Besson est un proche du couple présidentiel – il a été à la Rotonde, donc tout est dit ! -, un écrivain estimable pétillant et sympathique mais, sans vouloir l’offenser, il est difficile d’identifier la valeur ajoutée qu’il apportera à ce poste infiniment désiré par rapport aux diplomates qui auraient pu l’espérer sans avoir démérité.

Mais j’oubliais : c’est un ami du couple présidentiel. Ostensiblement, clairement.

Plus sérieusement, j’ai surtout été choqué par la faible défense d’Emmanuel Macron au sujet de cette promotion qui trouble bien au-delà de moi. En effet, si je résume, on ne peut rien lui reprocher ni douter de son impartialité parce qu’il a voulu un gouvernement totalement pluraliste avec un Premier ministre qui n’était pas de son camp. Il est trop intelligent pour ne pas savoir que le pouvoir et son abus se dissocient, qu’il y a les grands desseins politiques qui ont leur logique et les petits plaisirs régaliens qui ont leur volupté. Que ces univers sont radicalement différents : on peut être ouvert par tactique et impérial par désir. Ce qui relève de Philippe Besson ne correspond pas à la part de lumière, aussi discutable qu’elle puisse apparaître à certains, du Président mais de sa part “royale” : c’est mon ami, mon bon plaisir et je fais ce que je veux.

Contrairement à ce que semble penser Emmanuel Macron, ce n’est pas rien. Parce que, justement, la politique est discussion, dialogue, contradiction, doute, incertitude et équivoque, il conviendrait que l’éthique de la pratique présidentielle soit absolument exemplaire. Parce qu’elle ne devrait pas susciter le moindre aménagement ni la plus petite entorse. Parce qu’elle n’a de sens que si elle est entière et absolue. Et ce n’était tout de même pas au-dessus des forces présidentielles que de ne pas lancer Philippe Besson dans cet arbitraire purement amical et narcissique !

Tout cela n’est pas gai.

Extrait de : Justice au Singulier

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