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Audio - Editoriaux - Entretiens - Politique - 19 février 2020

Noam Anouar : « On ne peut tenir, à partir d’un lieu pareil, un discours sur l’indépendance de l’islam de France »

Le policier spécialiste des questions de radicalisation et bien connu des lecteurs de Boulevard Voltaire réagit à la visite d’Emmanuel à , ville dans laquelle se construit la An-Nour, l’une des plus grandes de France (et financée par le Qatar à hauteur de deux millions d’euros, selon Libération) : « À part des effets d’annonce, je n’arrive pas à percevoir la substance de ce discours, c’est-à-dire ce qui va réellement changer… »

Qu’avez-vous pensé de la visite du Président à Mulhouse ? Le président de la République va-t-il dans le bon sens ?

Je vais répondre avec beaucoup de modestie. Je ne suis pas en mesure d’évaluer une politique publique, d’autant que je ne suis pas dans les secrets de la présidence de la République. Depuis quelques mois, il était question de treize quartiers sensibles sur lesquels l’État allait abattre tout son pouvoir de contrôle et de déstabilisation. On n’a toujours pas les effets de ce qui avait été annoncé. Naturellement, je reste sur ma faim concernant les mesures annoncées.
Le lieu de Mulhouse est assez emblématique. C’est une terre de concordat. La majorité des problèmes liés à ce séparatisme tel qu’il est évoqué sont-ils concentrés sur l’est de la France ? Je n’en sais rien. J’ai travaillé en Seine-Saint-Denis pendant dix ans. Après Mayotte, ce territoire compte le plus de musulmans, en proportion à l’échelle nationale. Je ne comprends pas ce choix territorial. J’ai lu, de façon transversale, les articles de presse. Vraisemblablement, il est question de ne plus accueillir les imams mandatés par les pays étrangers. En l’occurrence, un article de presse cite l’Algérie et la Turquie. À ma connaissance, je crois qu’on est sur des chiffres à peu près égaux entre l’Algérie, le Maroc et la Turquie.
Monsieur Macron a-t-il décidé de ne pas froisser la diaspora marocaine ou peut-être est-il resté volontairement assez flou sur le fait que, du temps de François Hollande, la France a inauguré une école qui se situe à Casablanca et qui a vocation à former les imams français ?
Recevoir des imams marocains, algériens ou turcs, pourquoi pas, mais si c’est, effectivement, envoyer des imams français se former dans ces territoires, je ne vois pas la différence…
Pour répondre très honnêtement, les imams de ces pays-là ne sont pas dangereux. Objectivement, les imams mandatés par les pays du Maghreb et la Turquie ne sont pas des imams prosélytes qui prônent un islam violent. Les agents officieux de pays étrangers sont beaucoup plus virulents et sont un problème.

Pensez-vous aux Émirats, au Qatar et à l’Arabie saoudite ?

Il y a des États qui prônent un islam beaucoup plus inadéquat et insoluble dans la République, mais vous avez aussi des partis étrangers. Sauf erreur de ma part, quand on a évoqué l’islam politique dans le discours du Président, il n’a pas été question de l’ancienne organisation qui s’appelait initialement l’UOIF. De source concordante, elle incarnerait la vitrine, à l’échelle nationale, du parti des Frères musulmans en France.
Je pense qu’il n’y a pas besoin d’aller chercher les imams étrangers au Maghreb ou ailleurs. On a assez à faire avec les mouvances radicales qui prospèrent sur notre territoire. Je ne comprends pas ces non-dits autour de cette organisation dépendante et perfusée par les pétrodollars de la monarchie du Golfe.

Emmanuel Macron a fait allusion à la nouvelle mosquée de Mulhouse dans son discours. On ne sait pas vraiment par qui a été financée la nouvelle mosquée An-nour de Mulhouse. On pense aux Frères musulmans… Est-ce que c’est cela, qu’Emmanuel Macron a voulu viser ?

À partir d’un lieu pareil, on ne peut pas tenir un discours sur l’indépendance de l’islam de France. J’ai lu, sur des dépêches de presse, que cette mosquée avait été financée par une organisation qatarie désignée Qatar Charity. Monsieur Macron était conseillé. Ses conseils ont trouvé inadéquat de se rendre dans ce lieu. Cela aurait été assez ironique. Par des effets d’annonce, je n’arrive pas à percevoir la substance de ce discours. Les imams algériens, marocains et turcs sont principalement mandatés par ces pays, pendant le ramadan, pour venir en renfort des imams français, pour passer le mois de ramadan et réciter le Coran. Ce ne sont pas des prêcheurs d’un islam politique. Les prêcheurs d’un islam politique sont, beaucoup, de nationalité française et ne viennent pas nécessairement de l’étranger. C’est peut-être une façon volontaire de ne pas voir le problème.

La reconquête républicaine va attendre un petit peu…

Je préfère parler du sujet de la réforme des retraites. Il y a un problème lié à l’islam radical sur le territoire national, mais il ne va pas se résoudre à un mois des municipales. Si on veut, un jour, mener une politique efficace, on peut jouer cartes sur table et poser un débat, mais il faut le faire pour des raisons relativement saines et cohérentes, et non à l’aube d’une échéance électorale.

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