Trois mois après le coup d’État du 26 juillet 2023, le Niger s'effondre économiquement, politiquement et sécuritairement.

Effondrement économique

La fermeture des frontières, terrestres et aériennes, pose le problème des approvisionnements nécessaires à la vie quotidienne d'une population enclavée, ce qui induit la hausse des prix alimentaires dans un des pays les plus pauvres du monde (hausse de 20 à 30 %). Quant aux sanctions financières, notamment la suspension des aides internationales, elles constituent un énorme déficit pour ce pays, très dépendant de l’aide internationale. L'Union européenne, qui avait attribué 503 millions d'euros « pour l'amélioration de la gouvernance, de l'éducation et de la croissance durable au Niger (période 2021-2024) » vient d'annoncer « l'arrêt immédiat » de son appui budgétaire. Et, bien entendu, la France aussi. Au total, l'appui budgétaire fourni au Niger est tombé de 1,166 milliard de dollars à 254 millions de dollars, selon les données de la Banque mondiale et du Programme alimentaire mondial des Nations unies. Le financement des projets de développement tombe de 625 millions de dollars à 82 millions de dollars, selon les mêmes données. Or, seulement 62 % du budget du Niger sont financés par des recettes intérieures : le régime militaire a donc dû annoncer, en octobre, la réduction de 40 % du budget pour 2023.

Par ailleurs, les sanctions par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) empêchent le Niger d'accéder au marché financier régional de l'Union économique et monétaire ouest-africaine pour financer son budget et effectuer des transactions bancaires. Désormais, les autorités nigériennes exigent que les contribuables paient impôts et taxes en espèces... Face à une baisse drastique des recettes, le gouvernement donne la priorité au paiement des salaires des fonctionnaires, au détriment des investissements publics, selon la Banque mondiale. Le Nigeria a suspendu sa fourniture d'électricité au Niger (71 % des besoins). Et divers projets d'infrastructures sont suspendus : de la mise en service de la centrale solaire de Gorou Banda, financée par l'Agence française de développement, aux travaux du barrage de Kandadji (AFD, BOAD, CEDEAO). Toutefois, en dépit du lien institutionnel et fonctionnel avec la Banque de France, et alors que les comptes de l’État nigérien à la BCEAO ont été gelés, cette banque aurait - malgré l'interdiction officielle par la CEDEAO - continué à alimenter le Niger en liquidités. Des apports de liquidités permettant à l’administration de continuer à payer les fonctionnaires, notamment l’armée.

Effondrement politique

Le coup d'État a provoqué des tensions : avec les pays de la zone, notamment le grand voisin nigérian, les pays côtiers (débouchés maritimes) et la CEDEAO, dont le président menaçait périodiquement d'une action militaire mais semble y avoir renoncé. On observe aussi le rejet des militaires par une partie croissante de la population : comme au Mali ou au Burkina, les arrestations de journalistes, politiciens d'opposition, militaires et l'absence de progrès sécuritaires ont accru la réticence de la société civile à l'égard du putsch.

Effondrement sécuritaire

Le président déposé, Bazoum - c'est un des reproches de la junte à son égard -, tentait de négocier avec une partie de la rébellion islamiste et autonomiste. Il y a au moins deux millions de Touaregs, au Niger, et ceux qui ne sont pas engagés dans une guérilla, dispersée sur un territoire deux fois plus vaste que la France, ont exprimé leur réticence à l’égard de la junte. Sous l'injonction des putschistes, la France a commencé le retrait de ses troupes et les activités de guérilla et de terrorisme qui diminuaient ont repris depuis le coup d'État : l'armée régulière vient de subir de graves revers.

Le jeu des États-Unis

C'est dans ce contexte que « l'allié américain » vient de porter un coup déloyal à la France : lors d’une conférence de presse, le département d’État américain a reconnu la junte militaire arrivée au pouvoir par le coup d’État, tout en l’invitant, contradictoirement, à rétablir l’ordre constitutionnel (!) et à dialoguer avec les instances ouest-africaines : « Désormais, c’est le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie qui dirige le Niger. » Propos tenus par Molly Phee, secrétaire adjointe chargée des Affaires africaines au département d’État américain, le 26 octobre dernier.

Molly Phee a ajouté : « Le temps est venu de parler avec vos partenaires dans la région », mais n'a pas mentionné la France. Ce lâchage met fin aux espoirs du président Bazoum d’un retour rapide au pouvoir et il fragilise la position de la CEDEAO (et son projet d'intervention militaire), mais surtout la stratégie de la France, qui subit une double humiliation et perd la main en échouant à convaincre ses partenaires africains et occidentaux de la nécessité de rétablir l'ordre constitutionnel au Niger. Les État-Unis, eux, vont maintenir au nord du Niger leur deuxième plus grande base du continent africain. Il y disposent de moyens aériens de surveillance, cruciaux dans la lutte contre les groupes islamistes. Chine et Russie chassent la France d'Afrique et les États-Unis lui prennent aussi sa place. La France devra devenir intelligente et ferme.

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02 novembre 2023 à 17:38

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24 commentaires

  1. « La France devra devenir intelligente et ferme. » ??? Au siècle prochain ? Quand le stagiaire de l’Élysée aura tout saccagé ?

  2. Quand on élit des rossinantes, faut pas s’étonner de perdre l’Arc de Triomphe. Comme pour l’Indochine et le Québec, le pire ennemi de la France reste les anglo-saxons (américains ou anglais)

  3. « elles constituent un énorme déficit pour ce pays, très dépendant de l’aide internationale. » Surprenant. 65 ans après l’indépendance et l’expulsion du colonisateur-exploiteur, ce pays, comme tant d’autres, n’a pas offert le paradis à ses habitants? A raison d’un milliards de dollars chaque année, cela fait donc 65 milliards de dollars encaissés. Où sont-ils passés?

  4. Finalement, comme en Palestine c’est le peuple et les petites gens qui souffrent au profit d’une junte militaire fasciste. Et une fois de plus , notre  »allié étasunien » a joué ses propres intérêts a notre détriment

  5. Encore un exemple de la loyauté de nos « Amis » américains !
    Quand aux Nigériens : Qu’ils se dé… brouillent.

  6. Et une fois de plus, nous allons chanter le « yankee doddle » face à la loi des marchés , instituée par les multinationales U.S. fort intéressées par les ressources minière et la mise en valeur pour leur seul profit du Niger, naguère pays francophone et francophile de l’U.E.A. gageons qu’avec les U.S.A. pour amis, plus besoin d’ennemis !

  7. Nul doute qu’on verra bientôt à Vintimille des contingents de «  réfugiés » nigériens fraîchement débarqués à Lampedusa ! Ce serait étonnant qu’ils arrivent en Russie ou aux USA !

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