Interrogée au micro de Boulevard Voltaire, Nicole Fayad témoigne de sa colère contre le gouvernement libanais, « le premier responsable de cela ». Elle fait siennes les paroles de Majida El Rouni, cette artiste libanaise engagée, dont les paroles de la chanson “La révolution prend vie de la peine, Beyrouth relève toi de tes cendres” sont reprises sur les banderoles des manifestants (photo ci-dessous). En union avec ses compatriotes réclamant des comptes aux dirigeants sur ce drame, elle ajoute : « Si j’avais la possibilité de le faire, je les pendrais. » Malgré sa révolte et son émotion très vive, elle se réjouit de l’attitude de la France « qui vient en aide au secours de sa fille ».

La rue où elle a grandi est aujourd’hui entièrement détruite.

 

Vous êtes libanaise installée en France. Vous avez vécu en direct les événements du , pris des nouvelles de votre famille et découvert la rue de votre enfance dévastée. Quel est votre état d’esprit aujourd’hui ?

C’était quelque chose de très fort au sens péjoratif du terme et non au sens positif. Cette explosion a tué des centaines de personnes et a mis hors de chez eux des milliers de personnes. A peu près 6000 personnes ont perdu leur résidence et leur lieu de travail et se retrouvent aujourd’hui dans la rue. C’était quelque chose de très peinant et de très dur. En fait, c’était comme une bombe. Cette dernière a explosé au vrai sens du terme, en nous et à notre visage.
Grâce à Dieu et à la Sainte Vierge qui veille toujours sur le Liban, mes parents proches n’ont pas été touchés. En revanche, certains de mes amis proches l’ont été et ont eu leur maison dévastée. Nous avons perdu beaucoup. Il y a eu d’énormes dégâts matériels, entre autres la maison familiale où j’ai grandi. Le quartier tout entier est dévasté. Certains de mes amis sont morts et je suis encore sans nouvelles des certaines personnes. Je ne sais pas si tout cela peut vous expliquer vraiment comment j’ai vécu ce drame.
Jusqu’à cette minute où je parle, je vis encore, même en étant à Paris, au rythme de ce qui se passe là-bas. Pour être vraiment très franche, ce qui s’est passé est un crime contre l’humanité. Si j’avais la possibilité de le faire, je pendrais les dirigeants de ce pays. Ils n’avaient pas le droit de faire ce qu’ils ont fait.

était le premier chef d’État à se rendre sur les lieux. Il a représenté la communauté internationale. La réaction française réveille ce lien particulier entre la France et le Liban. La percevez-vous comme une ingérence ou est-ce au contraire l’honneur de la France ?
Est-ce une chance pour le Liban et sa reconstruction ?

La France a toujours été la grande amie du Liban. Nous les Libanais, on appelait la France « notre mère ». Ce n’est pas une ingérence. Au contraire, cela fait chaud au cœur de voir Emmanuel Macron venir au secours de mon pays et du peuple libanais qui l’a acclamé et qui lui a demandé de l’aider.
Emmanuel Macron a fait un bain de foule, a embrassé les Libanais et a promis de les aider. Je trouve que c’est très très bien et que ce n’est pas du tout une ingérence. La France qui vient en aide à sa « fille » puisque le Liban est la « fille » de la France, c’est quelque chose qui me touche beaucoup. J’espère qu’il va réussir !