“Nicole Belloubet n’est pas seulement une technicienne mais une politique”

Pour succéder à François Bayrou, Emmanuel Macron a désigné un nouveau garde des Sceaux : Nicole Belloubet. Philippe Bilger réagit.

Philippe Bilger, nous allons parler de Nicole Belloubet, la nouvelle garde des Sceaux. Que savez-vous d’elle exactement ?

Je ne sais rien précisément.
J’ai découvert hier qui elle était.
J’ai découvert qu’elle est professeur de droit, qu’elle a été le premier adjoint du maire socialiste de Toulouse, qu’elle a été au Conseil constitutionnel et qu’elle est de gauche.
Voilà un certain nombre de données qui ne nous permettent pas de savoir a priori si elle sera un très bon garde des Sceaux.
Elle a évidemment plus que des notions de droit.
Je ne suis néanmoins pas certain que ce qui importe le plus, pour un garde des Sceaux, est d’être un spécialiste du droit, mais peut-être aurons-nous une bonne surprise avec elle.
Je ne voudrais pas qu’elle nous engage, cependant, sur la voie de Christiane Taubira ou dans un autre registre de l’idéologie absolument invraisemblable d’une Christine Lazerges.
J’attends donc de voir le type de propos qu’elle tiendra.
J’ai pu écouter une partie de la réponse qu’elle a faite à François Bayrou lors de la passation ministérielle.
Je ne peux pas me prononcer là-dessus.

C’est un casting assez surprenant, quand on voit l’orientation qu’avait prise Emmanuel Macron. C’est une femme socialiste qui succède à un ministère de la Justice qui a été très longtemps géré par Christiane Taubira. Elle succède surtout à un ministre de la Justice qui est resté moins d’un mois et qui était censé porter un projet de loi sur la moralisation politique. Ne vous semble-t-il pas qu’elle ait de grosses difficultés devant elle ?

Je suis un peu étonné.
Il y a, bien sûr, le problème des dosages, celui de la répartition dans les régions et celui des équilibres politiques.
Il a nommé un garde des Sceaux technicien, mais en même temps elle n’est pas que cela.
Elle a une vocation politique. Elle est aussi très intéressée par la chose politique.
Elle constitue, finalement, un mélange qui peut être dangereux ou remarquable.
Je n’en sais rien.
Avoir nommé quelqu’un, à ma connaissance, d’inattendu peut très bien s’imposer comme un coup remarquable.
Il faudra voir.
Elle succède à un poids lourd politique. Celui-ci embarrassait peut-être un peu Emmanuel Macron.
Est-ce que cette vision de gauche, même appuyée sur un grand savoir juridique, fera un grand garde des Sceaux ? Je n’en sais rien.

En un mot, ne crions pas avant d’avoir mal…

Attendons de la voir, attendons de l’entendre parler.
Voyons la tonalité dominante de ses discours.
Nous verrons à ce moment-là s’il convient de l’apprécier, de l’encourager ou bien, trop rapidement, de la dénoncer.

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