Culture - Editoriaux - People - Politique - 27 juin 2019

Nicolas Sarkozy et sa vraie passion : je, me, moi, ma vie, mon œuvre…

Il use du passé simple, autrefois appelé passé défini. Un temps subtil, pas simple pour le commun des mortels, trop suranné pour certains, trop ampoulé pour d’autres. Surtout trop difficile à conjuguer pour la majorité. Est-ce la coquetterie d’un homme que les humoristes ont souvent raillé pour ses bourdes de syntaxe ? On ne sait, mais Nicolas Sarkozy, qui rapporte sa vie au passé quand la mode est de tout ramener au présent, jongle donc entre imparfait et passé simple. Bon point (pour le nègre ?).

Qu’importe, au fond, car si les passions politiques de Nicolas Sarkozy sont présumées passées, il est toujours présent – très présent, même – dans le paysage. Et s’il confiait dans un entretien au Point, voilà quelques jours, « On ne décide pas d’être un recours. On ne s’y prépare pas. On ne l’anticipe pas », cela prouve au moins qu’il n’exclut rien…

Voilà donc sur l’étal des libraires le dernier ouvrage de notre ex-Président : Passions (Éditions de l’Observatoire). Un livre promis sans aucun doute à un bel avenir car les Français sont friands tout à la fois de politique et de querelles politiciennes. On espère toujours entrer dans le secret des dieux, en apprendre une bien bonne sur les histoires d’alcôves, les chausse-trapes, les coups de vache et les traîtrises qui, dans ce milieu, sont légion. Et puis s’il en est qui se prennent de retentissantes gamelles éditoriales, peinant à franchir le cap du millier d’exemplaires vendus, Nicolas Sarkozy, lui, est un très bon client : La France pour la vie, publié en 2016, puis Tout pour la France, programme de son retour espéré à l’Élysée, ont été d’énormes succès caracolant en tête des ventes.

Mais Nicolas Sarkozy n’est pas revenu à l’Élysée, coiffé sur le poteau des primaires par son « exécuteur » (« Je décide, il exécute ») François Fillon. Un homme dont il assure aujourd’hui que « l’image qu’il renvoie est bien différente de ce qu’il est en profondeur ». « Je le trouvais sérieux, compétent, solide et le pensais capable de fidélité », dit-il, ce qui sous sa plume peut prêter à sourire quand on se souvient qu’il fut lui-même LE traître dans la guerre Chirac-Balladur…

Au passage, il glisse ses peaux de banane. Une pour Juppé, l’ex-« meilleur d’entre nous » adoubé par Chirac : « Il était davantage son collaborateur qu’un homme politique véritable. Il me reprochait mon ambition, et mon empressement. J’avais dix années de moins que lui. Il considérait que je devais attendre que ses propres ambitions soient assouvies avant de pouvoir revendiquer quoi que ce fût. » Occasion de régler ses comptes avec tous ces énarques qui lui ont battu froid : « Il était bien le plus bel exemple de ce que sont capables de produire nos grandes écoles. Des esprits bien faits, et bien remplis, mais parfois incapables de supporter que l’on puisse les mettre en concurrence sur le terrain qu’ils croient de prédilection pour eux : celui de l’intelligence. »

Mais ceux qui lui ont succédé, François Hollande et ses épouses morganatiques version gauche républicaine libérée, en prennent bien sûr pour leur grade. Ainsi Ségolène Royal, invétérée « donneuse de leçons », celle qui louait la « bravitude » des Chinois sur la Grande Muraille : fustigeant Sarkozy pour l’acquisition de l’Airbus qui allait devenir Sarko One, « elle ne trouva rien à redire à monter elle-même dans l’avion présidentiel afin d’effectuer le tour du monde ! », cela auprès d’un François Hollande qui s’en servit abondamment.

Nicolas Sarkozy, n’en doutons pas, va cette fois encore faire un tabac en librairie. Comme François Hollande dans sa tournée des supermarchés, l’ex-Président, ex-patron d’une droite en coma dépassé, dispose d’un fan-club qui ne raterait sa dédicace pour rien au monde. Interrogée voilà quelques jours sur France Info, l’une de ses groupies l’avouait d’ailleurs avec franchise : « J’ai tous ses livres ! Je ne les ai pas ouverts, mais je les ai tous ! »

À lire aussi

Nos enfants ne savent plus écrire : il paraît que ça leur fait mal aux doigts !

Vous me direz que, dans un temps où l’on n’ose plus demander aux gamins de quitter la casq…