Nicolas Sarkozy et Leboncoin… Reconnecter les élus avec le réel !

Le 20 mai, Nicolas Sarkozy s’est rendu dans les locaux de l’entreprise Leboncoin. C’était en quelque sorte une session de rattrapage. Huit jours auparavant, le 12 mai, il avait déclaré à Lyon, devant un parterre de chefs d’entreprise médusés, ne pas connaître ce site Internet qui compte tout de même 25 millions de visiteurs par mois ! « C’est quoi, Leboncoin ? », avait lâché l’ancien chef d’État. « Bienvenue au site français qui propose déjà 260.000 offres d’emploi, dont 77.000 en Aquitaine », avait perfidement répondu, dans un tweet vengeur, Alain Juppé, son principal compétiteur pour la primaire LR.

Que les hommes politiques ne connaissent pas tout, qu’ils ne soient pas tous des Pic de la Mirandole est en soi excusable. Car il arrive même aux experts, dans leur domaine, de se tromper. Cependant, il existe tout de même des figures imposées. Leboncoin en fait partie. De même qu’il est indispensable, pour un ministre de la Culture, de connaître ou d’avoir lu, au moins une fois dans sa vie, un ouvrage de Patrick Modiano. Il est, aussi, inacceptable qu’un ministre du Travail ne sache pas combien de fois il est possible de renouveler au maximum un contrat à durée déterminée. Depuis une quarantaine d’années, les exemples sont légion, de ces gouvernants qui sont dans leur tour d’ivoire, totalement déconnectés des réalités. Combien ne connaissent pas le b.a.-ba : le prix d’un ticket de métro, d’une baguette de pain ou ce qu’est une souris d’ordinateur, comme Jacques Chirac en 1996. Certains se plaignent même de ne gagner que 5.000 euros par mois… L’épisode de Nicolas Sarkozy avec Leboncoin est un autre exemple.

Beaucoup sont entrés très tôt dans la vie politique et tout de suite très haut. C’est ce que l’ancien ministre PS Michèle Delaunay appelle « le tunnel ». Une fois dedans, la carrière de ces jeunes élus se déroule sans accroc en dehors de toute réalité sociale ou économique. Après Sciences Po et/ou l’ENA, ceux qui nous ont gouvernés et qui le font toujours intègrent un cabinet ministériel à l’âge de 25 ans environ, puis sont propulsés dans une ville et ensuite dans une circonscription, le tout dans un temps qui défie les lois de la physique. Combien ne sont jamais ressortis de ce tunnel et n’en sortiront jamais ? Il est bien loin, le cursus honorum tel qu’il existait autrefois : on était élu conseiller municipal, puis délégué, puis adjoint, puis maire. Ensuite on pouvait espérer devenir conseiller général, député ou sénateur, ministre et même chef d’État ! Ce parcours très IIIe République avait le mérite de conserver une partie de réalité qui manque tant à nos cadres politiques aujourd’hui. Le meilleur reflet de ce décrochage avec le pays réel s’illustre dans nos assemblées parlementaires qui ne parviennent pas à calquer la sociologie, le socio-type du pays.

Reconnecter les élus avec le réel : c’est aussi cette thématique qui sera au cœur de la présidentielle de 2017.

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