Audio - Editoriaux - Entretiens - 4 octobre 2019

Nicolas Dhuicq : « Je pense que nous sommes face à un mélange d’islamiste et de déséquilibré »

Le psychiatre Nicolas Dhuicq essaye d’analyser, à partir des éléments connus, le cas de Michael Harpon, le tueur de quatre policiers, jeudi, à la préfecture de police de Paris, et les raisons qui ont pu l’amener à commettre ces crimes.


Michaël Harpon, 45 ans, employé depuis 20 ans au service informatique de la DRPP a pété un plomb et a tué quatre collègues à l’arme blanche. Il est converti à l’islam depuis 18 mois.
S’agit-il d’un déséquilibré ou d’un islamiste ?

Je pense que nous sommes face à un mélange des deux. En tout cas, la différence entre l’adaptation, au moins en surface pendant une vingtaine d’années, et la violence du geste choque.
En général, lorsqu’on a des gestes brusques d’une telle violence, ils surviennent sur des cas extrêmement rares de formes très particulières de schizophrénie. Il y a une très grande froideur affective, mais en général, la personne n’a pas d’adaptation sociale aussi évoluée. C’est souvent le cas pour de grands adolescents qui vont tuer leurs parents, parce qu’ils imaginent que leurs vrais parents ont été enlevés par des extraterrestres et qu’il faut tuer les faux parents. Cette froideur affective est associée au délire.
Dans ce cadre, l’adaptation rend caduque cette hypothèse. En revanche, il y a une fragilité psychologique particulière. D’après les propos rapportés par son épouse, il était en conflit avec son administration. Apparemment, il paraissait comme un mal compris. Cela me fait penser à des traits paranoïaques et persécutés. Le mode opératoire islamiste est probablement un esprit fragile. Il a été pénétré par ces modes opératoires avec sans doute une compréhension très limitée de l’islam.
Nous retombons encore sur notre éternel débat. En France, pour des raisons historiques, l’islam majoritairement sunnite est corrompu et pourri de l’intérieur par l’argent qui vient des puissances du Golfe, les Frères musulmans d’un côté et le Wahhabisme de l’autre, c’est-à-dire cet islam intégriste rigoriste saoudien.


Selon vous, la conversion à l’islam est-elle minoritaire dans les raisons de son passage à l’acte ?

Elle n’est pas minoritaire. Je dirais qu’elle est presque à parts égales avec la psychopathologie de la personne. On peut très bien avoir une personne fragile avec de forts traits paranoïaques qui est influencée par une propagande qu’elle a pu recevoir. Nous sommes dans cette frontière. C’est un geste d’une extrême violence qui n’est pas revendiqué à ma connaissance par une quelconque organisation islamiste, mais qui s’intègre dans une ambiance générale. Des esprits fragiles peuvent trouver un mode opératoire dans cette idéologie extrêmement simpliste.
Cette idéologie est un poison qui, malheureusement, atteint de l’intérieur l’islam sunnite.
Nous retombons ainsi sur la nécessité pour la France de retrouver une politique étrangère souveraine. Au lieu de chausser les chaussures des Anglo-saxons dans le Golfe en voulant prendre la place des Britanniques puis des Américains en Arabie saoudite, et d’avoir ces relations trop proches avec le Qatar, nous devrions soutenir les femmes et les hommes de culture qui, en terre musulmane, luttent pour une séparation entre la foi et la loi.

N’est-ce pas hallucinant qu’au sein même de la DRPP, un tel profil ait pu rester en place ?

Lors des périodes de restrictions budgétaires, des postes ont été supprimés dans les forces de sécurité et les forces armées. A contrario, elles sont suivies par des périodes d’ouverture très rapide de recrutement. J’ai toujours eu peur d’avoir de l’entrisme au niveau des forces de sécurité et des forces armées. Je rappelle que dans les prisons, certains surveillants parlaient en arabe vernaculaire avec les détenus. Cela n’a pas forcément un rapport direct avec ces questions de l’islam politique, mais cela crée une situation qui n’est pas sûre dans les prisons, puisque cela crée de bons et de mauvais gardiens.
Par ailleurs, l’autre question est de savoir comment une personne qui avait certainement de forts traits pathologiques et une adaptation de surface n’a pas été détectée.
Détecter cela nécessiterait cependant d’avoir des examens un peu plus fins et un sens clinique un peu plus évolué pour détecter de tels profils.

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