Editoriaux - People - 4 octobre 2019

Pauvre Bilal Hassani, plus victime qu’autre chose…

Bilal Hassani est-il mûr pour rejoindre la cohorte des éclopés de la télé-réalité ? Ça en prend bigrement le chemin. Programmé pour sortir vainqueur de l’Eurovision ? Il termine à la quatorzième place. Il se voit disque d’or avec son album, Kingdom ? Il n’en vend que 3.400 unités en première semaine. Et guère plus depuis : sur le site chartsinfrance, qui répertorie les meilleures ventes de disques, pas de traces de lui dans les 250 premiers. Disque d’or ? Disque de plomb, surtout…

Aujourd’hui, il sort son autobiographie, Singulier, pour raconter la vie qu’il n’a pas eue, celle qu’il aurait aimé avoir. Tel qu’il se doit, il raconte sa souffrance ; ça ne mange jamais de pain, c’est la mode du moment. « Je n’ai aucun copain dans cette école de la banlieue parisienne un peu bourgeoise, personne ne veut traîner avec moi. Il est chelou, Bilal, avec son short et ses chaussettes de foot tirées jusqu’aux genoux… C’est l’époque de la comédie musicale sur le Roi-Soleil et je nourris une passion nouvelle et incandescente pour Louis XIV. »

Si l’on résume, Bilal Hassani était un royaliste en butte à l’incompréhension des descendants d’acquéreurs de biens nationaux. En revanche, il est nettement moins prolixe quant à la nature de ses véritables harceleurs, la meute tweeteuse lancée à ses basques durant sa résistible ascension artistique et médiatique. La plus élémentaire des bienséances ainsi que le respect d’une syntaxe française communément admise, même par les moins forts en thème, interdisent évidemment de reproduire ici l’intégralité de cette vox populi.

On se limitera donc à ces trois citations, les plus révélatrices quant à la nature de ses contempteurs : « Ton père a pas honte ? Ta mère la putain ! Tu fais honte à la religion ! » Là, au contraire des brimades de cours de récréation des gosses de riches, c’est du lourd. Mais qui sont ces méchantes gens ? Il ne l’écrit pas, mais il n’est pas interdit d’avoir sa petite idée.

Le pire, dans cette affaire, c’est que Bilal Hassani n’est pas tant victime de ceux qui l’insultent, mais de ceux qui l’ont manipulé. Bref, des réseaux assez puissants pour faire de lui une icône, à la fois de la diversité et de l’homosexualité militante, alors que l’infortuné n’en demandait peut-être pas tant. Assez puissants pour ouvrir la chasse au Philippe Manœuvre, ancien directeur du mensuel Rock & Folk, suspecté d’homophobie pour avoir ironisé sur cette « fête à neuneu » qu’est devenue l’Eurovision. Pis, il déclare : « Est-ce que le mec est très beau ? Il n’y a que sur le physique qu’il peut les avoir, avec une chanson comme ça ! Clairement, ça va être le chanteur, pas la chanson. »

Ce ne fut, en fait, ni l’un ni l’autre. Pour tout arranger, « Roi », titre censé représenter la France, n’est pas tout à fait un Himalaya musical et il ne suffit pas d’engager deux nénettes aux chœurs, l’une en surpoids et l’autre sourde comme un pot, pour décrocher la timbale. Comme quoi ces réseaux n’ont pas toujours le pouvoir qu’on leur donne. En attendant, ils sont toujours là, alors que les Bilal Hassani sont interchangeables.

Pauvre gosse qui croyait qu’il suffisait d’être célèbre pour être reconnu. Et qui se rend maintenant compte qu’il est maudit par ses propres coreligionnaires. Ne reste plus qu’à espérer qu’il ne suive pas le triste chemin de ces vedettes préfabriquées qui, entre overdoses, tentatives de suicide et clochardisation, ont payé cher leur petit moment de gloire éphémère.

Lui est finalement plus à plaindre qu’à blâmer, au contraire de ceux qui l’ont sciemment et cyniquement instrumentalisé.

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