Editoriaux - Polémiques - 10 février 2020

Nicolas Bedos lapidé pour une blague sur le coronavirus

Lorsque est en vacances sous le soleil alors que ses congénères luttent contre la tempête, les grèves et le coronavirus, il tient à le faire savoir. Via Twitter, le fils de l’humoriste précurseur de la « bobo attitude » poste trois clichés de son bonheur hivernal dans lesquels il brocarde un couple d’allure asiatique pataugeant dans la piscine de l’hôtel club où il séjourne. Il est comme ça, , boute-en-train en tous lieux et toutes saisons… Même en vacances, même dans l’eau, l’humour fuse et infuse.

À l’aide de commentaires, son scénario est ainsi ficelé : « Tu nages tranquille dans la piscine, loin de Paris, de ses grèves et autres épidémies, quand soudain ! » Le dialoguiste fait dire au baigneur supposé chinois : « Chérie, je me sens fiévreux. » Ce à quoi la femme répond : « M’en parle pas. » Sur la photo suivante, les deux protagonistes sont assis au bar aquatique de la piscine. La chute du mini-sketch arrive, implacable, avec ces mots semblant adressés au serveur : « Deux coronas, s’il vous plaît. » Riez, rieurs.

Conscient de l’épais brouillard paranoïaque antiraciste qui encombre les esprits des malchanceux restés au pays, Nicolas Bedos s’excuse par avance. « Dans un monde policé ne jamais oublier de s’excuser », précise-t-il. Précaution inutile. Un torrent d’injures s’abat immédiatement sur le plaisantin. La basse et haute cour Twitter s’étrangle d’indignation à la vue de cette allusion facétieuse à l’épidémie. La haine est évoquée, le racisme anti-ceci et cela, un rétablissement de la peine de mort est souhaité pour ce déchet de l’humanité. Les mots n’ont plus aucune limite. Des barrages filtrant seront installés aux frontières pour éviter qu’il ne revienne ! Du coronavirus lui-même devrait succomber ! Le tout pour une plaisanterie gentillette de laquelle il semble assez complexe d’extraire la moindre parcelle de mépris ou de rejet. Un simple clin d’œil. Drôle ou pas, à l’appréciation de chacun.

Adieu légèreté, second degré, blagues légères ou lourdingues. Du haut de leur humanisme de bazar, les harpies de la bonne pensée se déchaînent sans aucune réserve sur tout ce qui pourrait ressembler de près ou très très loin à un éventuel écart de la ligne fixée par le parti du bien. Et le hashtag #jenesuispasunvirus d’être lancé à tous les vents. Mot d’ordre qui vient s’ajouter à la longue liste des déclamations victimaires. 60 millions de victimes. Et moi, et moi et moi. 700 millions de Chinois, émoi, émoi, émoi. Les paroles de la chanson de Jacques Dutronc sonnent, aujourd’hui, d’une étrange façon.

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