Editoriaux - Médias - Radio - Télévision - 5 février 2019

“Ne m’appelez plus jamais France… 3 !” : heureusement qu’il y a ces télévisions régionales pour damer le pion au service public

Contrairement au Canada, aux États-Unis ou à l’Espagne, la France a traîné un peu les pieds pour faire émerger un solide réseau de chaînes de télévision locales sur son territoire. Il est vrai que, longtemps, le service public, France 3 en l’occurrence, occupait largement le terrain, remplissant pleinement ce rôle avec pas moins de treize directions régionales et douze centres dits “excentrés”. Les vingt-six régions de France – avant leur regroupement territorial contraint et forcé, par Valls-Hollande – avaient chacune une rédaction régionale et également plusieurs rédactions locales chargées de mini-journaux locaux.

Depuis janvier 2010, dans le cadre de la réforme de France Télévisions, la direction de France 3 a supprimé, sans crier gare, ses treize directions régionales pour les remplacer, en langage “macronien” prémonitoire, par quatre “pôles de gouvernance” (Nord-Est, Nord-Ouest, Sud-Ouest et Sud-Est) localisés dans quatre grandes villes de France (Strasbourg, Rennes, Bordeaux et Marseille). C’est sans doute ce que l’on appelle rapprocher la télévision régionale du citoyen… à moins que l’on n’ait voulu en haut lieu la renationaliser…

“Ne m’appelez plus jamais France… 3, car la France m’a laissé tomber…”, pourraient vocaliser, en parodiant Michel Sardou, par exemple les téléspectateurs de Moselle, m’a confié Constant Brasse, ancien directeur général des services de feu la région Lorraine : “Plus grand monde ne regarde encore France 3 Lorraine, dont la ligne éditoriale centrée tout entière sur la promotion de Nancy ne laisse plus que des miettes à Metz et à la Moselle depuis qu’il y a l’édition du JT de France 3 Nancy.”

D’où le succès croissant de TV Mirabelle, devenue la télévision locale en mode numérique terrestre sur les zones de Metz, Verdun, Forbach, Longwy et Sarrebourg. Idem pour sa voisine alsacienne Alsace 20 (sur le canal 20 de la TNT) qui vient de battre, avec Delphine Wespiser (Miss France 2012), un record historique d’audience avec pas moins de 568.400 téléspectateurs alsaciens (soit 38,5 % des Alsaciens de 15 ans et plus) qui suivent régulièrement ses programmes. L’union faisant la force, les télévisions locales du Grand Est (Alsace 20, Canal 32, Mirabelle TV, Vosges Télévision) ont signé un contrat d’objectifs et de moyens avec leur région qui, en s’appuyant sur les quatre chaînes de télévision locales, entend développer les liens entre les habitants, valoriser la vie locale et développer une autre manière d’informer.

Un peu à la manière de RT France sur le plan national… Ceci expliquant cela : plus de trente ans après la décentralisation, les télévisions locales confirment plus que jamais leur utilité. Elles sont plus d’une centaine, aujourd’hui, à la rencontre du public avec un effet très positif sur la vie locale, le tissu associatif, économique, politique, culturel.

Au premier tour des dernières élections municipales, les télévisions locales ont, selon un rapport du CSA, consacré 563 heures aux interventions des représentants des partis politiques et des candidats. Nicolas About, membre du CSA, est un ardent défenseur des télévisions locales : “Une télévision nationale ne colle pas à la réalité locale [NDLR : excepté Jean-Pierre Pernaut]. Une chaîne qui diffuse à l’échelle d’un ou plusieurs départements, si. Aujourd’hui, les télévisions locales permettent d’entretenir et de tisser un lien social. En cela, elles ont une véritable mission de service public.”

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