Il semblerait qu’au lendemain de la présentation de la “nouvelle” police de sécurité du quotidien par le ministre de l’Intérieur, un certain nombre d’élus aient été déçus de n’avoir pas été retenus pour expérimenter ce dispositif. Il est vrai que c’était certainement une bonne occasion de voir arriver, dans leurs villes, quelques policiers supplémentaires – vraisemblablement ponctionnés ailleurs au détriment d’un autre élu – et de recevoir quelques centaines de milliers d’euros dans le cadre d’une politique publique qui se révélera, au final, aussi inefficace que les autres. Il fallait donc passer en premier, avant que le dispositif, à brève échéance, ne meure de sa belle mort.

Ce sont donc quinze “quartiers de reconquête républicaine”” qui ont été retenus pour 2018. Quinze autres devraient venir s’ajouter en 2019. Oui, mais voilà, il se trouve que les quinze quartier ciblés, cette année, sont loin d’avoir été oubliés dans le passé. Ainsi retrouve-t-on les quartiers “Gros Saule” et les “Beaudottes” à Aulnay-sous-Bois et Sevran, le “Neuhof” à Strasbourg, “Les Tarterêts” à Corbeil-Essonnes, “La Mosson” et “La Paillade” à Montpellier, “les quartiers nord” à , “Ousse-des-Bois” à Pau ou “Le Mirail” à Toulouse. Et sept autres villes qui ont déjà, au cours de ces dernières années, largement bénéficié des finances publiques sans que la moindre amélioration à la sécurité quotidienne n’ait été apportée. Il s’agit donc bien là d’un puits sans fond que le contribuable français s’apprête à alimenter à nouveau.

Mais au-delà de la gabegie financière qui s’annonce, c’est bien le cœur même de ce dispositif qui est contestable. D’abord parce qu’il repose sur un constat volontairement erroné. Ainsi est-il décrit comme ayant vocation à réconcilier les habitants (de ces quartiers) avec leur police. Or, tout le monde sait que les policiers et les habitants ne nourrissent aucune animosité réciproque. Et, comme le souligne le boxeur Patrice Quarteron, issu de ces quartiers, “que c’est une minorité bruyante et violente qui se fait entendre à la place des gens honnêtes, et que si un habitant ose parler à quelqu’un d’extérieur, son appartement va brûler”“Ceux qui ne veulent pas d’emmerdes se taisent.” Et son constat est implacable : “Ces trafiquants font régner la terreur et beaucoup d’enfants ont peur.” Alors, il ne faut pas se tromper d’objectif. Ce ne sont pas les habitants qu’il faut reconquérir, ce sont les criminels qu’il faut éliminer, et ce combat ne se gagnera pas à coups d’opérations médiatiques.

Ensuite parce qu’aujourd’hui, nos policiers (nationaux et municipaux), nos gendarmes et nos pompiers sont au bord de la rupture. Ils n’ont plus confiance. Ils portent encore les stigmates de “l’affaire Théo” qui a vu quatre policiers, à Aulnay-sous-Bois, justement, que l’on savait dès le départ innocents des faits qu’on leur reprochait lâchés par leur hiérarchie. Jetés aux chiens par les élus et le gouvernement – président de la République en tête. Une honte pour notre démocratie et notre République. Et c’est à eux que Macron, l’ancien ministre de l’Économie de Hollande, complice cette trahison, demande un “profond changement de méthode” ?

Mais ne serait-ce pas plutôt à tous ces donneurs de leçons de changer de méthode ? D’assumer, enfin, les responsabilités pour lesquelles les Français les élisent. D’avoir le courage de défendre les plus faibles contre les terroristes et les délinquants. De soutenir, en toutes circonstances, leurs policiers et leurs militaires. De cesser, enfin, de gaspiller l’argent public pour des causes perdues d’avance du fait de leur lâcheté. Là serait, sans doute, la vraie réforme à entreprendre !

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