Editoriaux - International - Politique - Table - 14 octobre 2013

Mutti Merkel drague les Verts

En Allemagne, près de trois semaines après les élections, Mutti Merkel n’a toujours pas réussi à faire son marché en vue de trouver une majorité stable au Bundestag. Elle a jusqu’à mercredi prochain pour trouver un accord et nouer, selon le cas, une coalition rouge-noire avec les socialistes ou, plus inédite, verte-noire avec les écolos. Cette dernière perspective serait une première sur le plan fédéral, même si, localement, les rapprochements existent déjà : à Francfort, Darmstadt et Bonn, écolos et conservateurs gouvernent ensemble.

Les négociations sont en cours à l’échelon national et la chancelière joue les Lorelei pour tenter de séduire des Verts devenus plus pragmatiques que dogmatiques. Mutti Merkel semble avoir la « main verte » : elle avait déjà dragué l’électorat écolo lors de son dernier mandat en décidant l’abandon de l’énergie nucléaire. La chancelière a incontestablement de bonnes cartes en mains : les Verts sont en perte de vitesse et n’excluent pas, la mort dans l’âme, de gouverner avec les démocrates-chrétiens de la CDU qui leur font les yeux doux. À moins qu’il ne s’agisse d’une partie de poker menteur de la part de Mme Merkel. La roublarde ferait miroiter la perspective d’un accord avec les Verts, pour mieux maintenir la pression sur les socialistes du SPD, approchés par ailleurs. En minaudant de la sorte, elle espère tempérer les exigences de ces derniers en vue de la formation d’une grande coalition.

Dans ses négociations avec les Verts, la chancelière n’a pas pour autant les coudées franches : l’aile droite bavaroise de la CSU veille au grain et n’a aucune envie de constituer une majorité « avec les amis de M. Cohn-Bendit », selon les dires de l’un de ses responsables. Reste donc, en dernier recours, l’hypothèse d’un accord avec le SPD. Ce serait le scénario le plus probable, à condition que cette « grande coalition » soit ratifiée par la base de ce parti. Une base dont les militants n’ont pas forcément, pour Mutti Merkel, les yeux de Rodrigue pour Chimène…

Les paris sont ouverts mais personne, en Allemagne, ne se risque à un quelconque pronostic. Si d’ici mercredi aucun accord ne se précise, il restera toujours la solution du recours à de nouvelles élections. Une hypothèse qui a d’ores et déjà les faveurs d’un Allemand sur trois, si l’on en croit un sondage récent réalisé pour le Huffington Post de Berlin. Les électeurs veulent une majorité claire qui pourrait, cette fois, se constituer avec les souverainistes eurosceptiques d’Alternative pour l’Allemagne, plus à droite que la CDU-CSU. Cette formation a le vent en poupe et, surtout, elle ne peut pas être suspecte de sympathies néonazies comme ont pu l’être, à tort ou à raison, les Républicains ou le NPD. L’Alternative für Deutschland ou AfD – retenez ce nom – a réuni autour d’elle, en moins de six mois, quelque 4,7 % des voix. Pas assez pour entrer au Bundestag, mais suffisamment pour peser sur la politique européenne de la chancelière.

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