L’acteur américain Ryan O’Neal est mort ce 8 décembre. Il était né en 1941 à Los Angeles, d’un père scénariste et d’une mère actrice, et pensait devenir boxeur. Le destin le rattrapa à dix-neuf ans lorsque, décidément pas fait pour l’école, il décrocha grâce à sa mère un rôle de cascadeur dans une série télévisée. De fil en aiguille, son physique de jeune premier fut rapidement repéré et c’est à vingt-trois ans qu’il connut les débuts de la gloire avec la série Peyton Place. Ce décalque de la célèbre et interminable Coronation Street britannique mettait en scène la bourgeoisie de la côte est dans d’inextricables histoires d’amour et de trahison. O’Neal y était Rodney Harrington, l’un des personnages principaux. Son personnage portait souvent un blouson alors à la mode, le G9 de chez Baracuta, qui deviendra, dans le langage courant jusqu’à nos jours…un « Harrington » (un classique du vestiaire nationaliste). Il partage alors la vedette avec Leigh Taylor-Young, qui deviendra sa deuxième femme.

En 1970, la vie de Ryan O’Neal change du tout au tout : il est engagé pour tenir le rôle principal dans Love Story. Ce film mélodramatique (musicale lacrymogène de Francis Lai), dans lequel il incarne Oliver Barrett IV, un jeune étudiant de Harvard, venu de la jeunesse dorée de la côte est (encore), fait de lui une star mondiale. Face à lui, dans le rôle de Jenny, la belle jeune fille d’un milieu simple : Ali McGraw - qui sera sa troisième femme. Rapidement, les propositions pleuvent. O’Neal n’en retient qu’une, celle de Stanley Kubrick pour le rôle-titre de Barry Lyndon. Ce choix semble éclairé mais, en réalité, sa carrière ne s’en remettra jamais.

Évidemment, on ne peut que conseiller à ceux qui n’ont pas vu ce chef-d’œuvre de s’y précipiter immédiatement. La photographie ressemble à un Watteau ou à un Gainsborough, l’éclairage à la bougie est incroyable (des lentilles ultra-rapides, selon les connaisseurs), l’humidité de la campagne anglaise glace les os du spectateur… et Ryan O’Neal est parfait, en voyou monté jusqu’au sommet puis redescendu jusqu’à la ruine. Malheureusement, ce n’est, en 1975, pas du tout l’avis des critiques : on juge le film médiocre et c’est un relatif échec en salles.

Dans les années qui suivent, O’Neal, à l’inverse de Bernard dans Les Bronzés, mise tout sur son physique de jeune quadra en pleine santé, qui, selon les critiques, rappelle l’âge d’or du Hollywood des années 30. Cela ne lui sert guère dans sa vie professionnelle : le succès ne revient pas tout à fait. Beaucoup plus dans sa vie personnelle, notamment amoureuse : outre des aventures avec les plus belles femmes des soixante dernières années (Ursula Andress, Anouk Aimée, Joan Collins, Jacqueline Bisset…), le grand amour de sa vie sera la splendide Farrah Fawcett (sculpturale « drôle de dame » dans la série éponyme). Après diverses histoires de portes qui claquent, ils resteront ensemble jusqu’à sa mort à elle.

Alors voilà : avec Ryan O’Neal, 82 ans, c’est un peu du cinéma à l’ancienne qui s’en va. Ce sont les séries insouciantes, les films romantiques un peu mièvres mais diablement efficaces, les chefs-d’œuvre incompris puis redécouverts. Ce sont les couples (acteurs conquérants, actrices incendiaires) qui se font et se défont, ce sont les histoires pas possibles qui, finalement, se terminent par une mort paisible et quatre enfants. Est-ce le moment d’écouter la BO de Love Story ou la Sarabande en ré mineur de Haendel ? Peut-être, mais assurez-vous d’être en forme…

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09 décembre 2023 à 19:37

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19 commentaires

  1. Ryan O’Neal était un formidable acteur, il était, parmi d’autres, de ceux qui ont contribué à nous faire aimer le cinéma.

    1. Ryan O’Neil ou Barry Lyndon. Des têtes bien irlandaises et celtiques . De la rouerie bien irlandaise aussi : On allait quand même pas perdre £24,000 de rente pour une amourette de Lyndon ! (Une chipie de cousine). L’ histoire de la guerre de sept ans … le tout sur cette tellement prenante musique de Haendel. Merci Kulbrik . merci Ryan O’Neal .

  2. Toute une époque aujourd’ hui disparue ; une époque ou le cinéma avait de la classe et de l ‘ intérêt

  3. Il aura vécu plus longtemps que son ennemi juré, le jeune lord Lyndon qui mourut à 72 ans. Je ne me lasse pas de revoir ce chef-d’oeuvre du cinema, tant par la beauté de ses images, l’acompagnement musical, et la recherche de l’authenticité par les costumes, les décors, l’éclairage, etc… les commentaires, fidèles à l’oeuvre de Thackeray, sont lus dans un anglais si parfait que les sous-titres sont superflus pour qui posséde suffisamment cette superbe langue. Kubrick était un tel perfectionniste que même dans la fiction 2001 l’Odyssée de l’espace, il parvient à tenir en haleine même ceux qui dédaignent ce genre.

    1. Vous me donnez grande envie d’acheter le DVD. D’autant plus que j’ai vu ce film avec ma mère et qu’elle avait été éblouie.

    2. Je pense que vous voulez dire Lord Bullingdon.
      R.I.P. Leon Vitali (disparu l’an passé) & Ryan O’Neil … réconciliés aujourd’hui, comme le conclut le carton final de « Barry Lyndon ». Un de mes films préférés.

  4. Oui , Barry Lindon a été un très grand film….quant à Love Story , les mélos larmoyants , ce n ‘est pas mon truc….

  5. Il me semble que sa fille Tatum, avec qui il a partagé l’affiche de « Paper Moon », n’a pas fait d’étincelles par la suite. Dommage.

  6. Quand un acteur emblématique s’en va c’est un peu de nous-même qui part avec lui… C’est aussi ce que nous avons ressenti quand notre Bebel national s’en est allé.
    Jean Gabin est toujours là, BBourvil aussi… entre autres.

    1. Mireille Darc Philippe Noiret Jean Rochefort Jean Pierre Marielle Francis Blanche Jeanne Moreau Michel Serraut Lino Ventura Bernard Blier Claude Rich Jean Lefevre Venantino Venantini Annie Girardot Qui les a remplacés ? ET on peut dire la même chose du cinéma américain.

      1. A Andy Vaujambon. On peut voir encore aujourd’hui quelques acteurs très brillants : Je pense en premier lieu à Lucchini, mais aussi à Dujardin mais il me semble et je ne dois pas être le seul à la penser que ces quelques acteurs sont une exception dans un cinéma français dont le niveau général suit de très près celui du niveau scolaire. Je vois que je pourrais sans grand effort compléter ma liste de tant de noms que j’ai injustement oublié de citer ! De Funès, Galabru, Villeret, Trintignant, Cremer, Jacques Perrin, Jacques Dufilhot Charles Denner et tant d’autres encore
        Il faudrait vraiment que je me creuse le ciboulot pour allonger la liste des grands acteurs d’aujourd’hui.

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