Chacun désire naturellement persister dans son être et n’envisage sa disparition ou même son effacement progressif par l’âge et les handicaps qu’avec dépit. Le plus souvent, nous souhaitons au moins le meilleur avenir pour nos proches et nos enfants. C’est pourquoi le principe de précaution agit avec tant de force, puisqu’il consiste à affirmer qu’il faut, face à un danger, prendre le maximum de mesures pour prévenir celui-ci, et donc sauver des vies, chacun recevant le message en pensant à la sienne.

On remarquera l’utilisation de l’argument, par exemple, pour justifier la limitation de la vitesse ou le confinement. Il s’agit de vies ou de morts virtuelles dont l’existence est purement statistique, mais l’effet est assuré : beaucoup placent leur vie parmi celles qui ont été sauvées et se font les collaborateurs zélés et enthousiastes des restrictions qu’on apporte à leurs libertés, puisque c’est « pour leur bien ». Évidemment, l’efficacité du processus varie avec les peurs : lorsqu’il s’agit d’environnement, de pollution et, plus encore, de réchauffement climatique, la peur demeure lointaine et abstraite et n’est pas à la mesure des contraintes qu’on prétend imposer aux automobilistes, par exemple. De même, la convergence de la limitation de vitesse avec l’augmentation des amendes déclenchées par des radars a rendu le bon sens des conducteurs soupçonneux, et avec raison. La vitesse n’est pas, n’est plus la cause principale des accidents, mais seulement le facteur le plus facile à sanctionner quand il s’agit d’automobiles.

Alors, le Covid-19 est arrivé, et là, tous les éléments ont été réunis pour permettre à l’État de jouer les protecteurs envahissants mais dévoués, et pour la foule moutonnière d’applaudir à la multiplication des précautions. Certes, en France, l’État avait manqué le départ, mal perçu l’occasion en continuant à lui préférer le réchauffement climatique, mais il se rattrape depuis. Moins il y a de morts, plus il y a de précautions, c’est-à-dire d’atteintes à nos libertés.

D’abord, il faut constater le caractère limité de la pandémie. Dans le pire des cas, celui de la Belgique, le virus aura tué une personne sur 1.000, et le plus souvent atteinte par l’âge et des pathologies qui ont affaibli son organisme. Dans les pays qui sont pointés comme subissant une catastrophe sanitaire, le chiffre est un peu supérieur à une personne sur 2.000 et, en France, légèrement inférieur. Mais plus les données paraissent satisfaisantes, plus le discours alarmiste s’amplifie, avec le risque d’une deuxième vague, l’inquiétude devant la rentrée scolaire, les rumeurs sur de nouveaux foyers que la propagande se plaît à nommer « clusters », et la menace d’un nouveau confinement calamiteux pour notre économie sinistrée.

Quelle que soit la solidité de ces craintes, on ne peut que constater l’intérêt que le pouvoir y trouve en montrant son apparent dévouement et en recevant l’assentiment de la partie la plus « civique » de la population, hélas souvent la plus propice à la servitude volontaire. Un peu de lucidité serait souhaitable. Tandis que certains applaudissent lorsqu’une équipe de policiers force une famille à quitter un TGV qu’on arrête exprès parce qu’elle portait mal ce masque, inutile il y a quelques mois, trois gendarmes, appelés pour une rixe dans le centre-ville de Roquefort-la-Bédoule, se sont retrouvés face à une vingtaine de personnes particulièrement agressives qui n’ont pas tardé à se retourner contre eux.

Des policiers qui appliquent avec excès des règles à des contrevenants peu dangereux, d’autres qui reculent devant des loubards ou qui, pis encore, deviennent leurs victimes, et d’autres, enfin, qui se font distraits lorsque le récalcitrant est trop vindicatif ou semble trop dangereux : les Français vont-ils accepter longtemps encore un pouvoir qui ne sait pas évaluer les véritables dangers et protéger véritablement toute la population ?

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