Tandis que les urbanistes rivalisent d’imagination pour déloger les , la fondation Abbé-Pierre remettait, hier, ses « pics d’or » lors d’une cérémonie satirique visant à dénoncer cet arsenal dissuasif.

Quand le prix Innovate de la Société de Saint-Vincent-de-Paul encourage les jeunes entrepreneurs à présenter un projet solidaire pour lutter contre la précarité, d’autres préfèrent, au contraire, innover dans le matériel urbain anti-SDF. Chacun sa méthode ! Les personnes sans abri seraient un peu comme ces pigeons parisiens que l’on déloge à coup de pic en fer ou bris de verre incrustés dans les murets pour les écarter de son chez-soi et ne pas subir de dégâts.

Pour dénoncer ces pratiques, la fondation Abbé-Pierre organisait une cérémonie satirique. « Depuis 2017, des citoyens postent des photos d’équipements urbains anti-SDF sur la plateforme soyonshumains.fr, via Twitter (#SoyonsHumains) et une adresse mail ([email protected]), pour signifier leur désapprobation. À ce jour, 450 photos de dispositifs de ce type nous ont été remontées. Le but de cette opération satirique est de montrer comment la société tente d’invisibiliser les plus pauvres en les éloignant des centres-villes », explique, dans 20 Minutes, Christophe Robert, le délégué général de la fondation Abbé-Pierre.

Parmi les récompensés, l’on découvre la ville de Lyon qui a installé, par exemple, des rails métalliques sur un banc pour que l’on ne puisse pas s’y allonger. L’histoire ne dit pas si ce même banc permet toujours d’y poser son séant ! Las Vegas obtient, de la fondation, le prix « C’est pas mieux ailleurs » pour sa loi interdisant aux SDF de dormir sur la voie publique sous peine d’une amende de 1.000 dollars et de 6 mois d’emprisonnement.

Si l’idée qu’un homme puisse dormir dehors reste inacceptable, ces équipements dissuasifs sont-ils, pour autant, respectueux de la dignité de la personne humaine ? Ne devrait-on pas détourner ces moyens consacrés à chasser les pauvres hors de notre vue au profit d’associations caritatives engagées contre le mal-logement et l’isolement ? L’association Entourage le rappelle : « À la rue, on souffre du froid, de la faim… mais surtout de solitude. Aider une personne SDF, ce n’est pas simplement lui donner un toit, un emploi, ou répondre à ses besoins primaires, c’est avant tout lui redonner son humanité, sa place dans la société. »

Le professeur Lejeune affirmait que « la qualité d’une civilisation se mesure au respect qu’elle porte aux plus faibles de ses membres ». En la matière, nous pouvons donc mieux faire…

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