Le Premier ministre a décidé de faire passer le projet de réforme des retraites à l’Assemblée nationale « en force » en ayant recours à l’article . En pleine épidémie de coronavirus et en période électorale, alors que la fracture du pays s’aggrave de jour en jour. Le texte sera prochainement examiné au Sénat.

Réaction de Sébastien Meurant, sénateur LR, au micro de Boulevard Voltaire.

Sébastien Meurant, le projet de loi de réforme des retraites est passé à l’Assemblée nationale grâce au 49.3. D’une part, le débat était obstrué par des députés de la majorité qui fuyaient le débat.
D’autre part, il l’était par des députés Insoumis qui ont fait une obstruction parlementaire en déposant des dizaines de milliers d’amendements. Comment avez-vous jugé le débat ?

Ce débat concerne l’avenir des Français sur un montant colossal. Il s’agit de la vie de nos concitoyens. Ce n’est pas la première fois que des milliers d’amendements sont déposés. Tous ceux qui prétendent le contraire sont, soit des ignorants, soit des menteurs, soit les deux. La gauche socialiste a fait à de nombreuses reprises ce type d’obstruction parlementaire.
Ce qui s’est passé à l’Assemblée nationale s’est toujours passé. Reprenez simplement ce qu’il s’est passé les années précédentes et vous verrez que c’est une aberration de vouloir faire croire que c’est inédit et que les affreux gauchistes d’extrême gauche font une obstruction bête et méchante.
Le 49.3 c’est priver de débat la représentation nationale sur le sujet qui concerne tous les Français, les retraités actuels et les retraités de demain sur un montant de 14 % du PIB richesses produites. Cela correspond à 340 milliards d’euros. Cela mérite le temps de la réflexion et de l’échange.
Ce gouvernement est le premier à priver de débats, les Français à l’Assemblée nationale. Cette réforme est l’étatisation des retraites, alors que moult régimes fonctionnent correctement. Pourquoi changer ce qui fonctionne ? Je pose la vraie question. Ou cela ne fonctionne pas, ou cela est injuste. Là où il y a des améliorations à faire, c’est lorsque l’État est patron. Pour prendre un vocabulaire de gauche compréhensible par tout le monde. Ce sont les régimes dits spéciaux, RATP et SNCF.
Qui est responsable de cela ? L’État laisse dériver depuis des années et des années. L’État avance masqué sur réforme uniquement financière. Ils vont essayer de la faire en catimini. Le 49.3 est de priver la représentation nationale d’améliorer le texte et surtout de soulever les points qui dérangent.
Le Conseil d’État doit conseiller l’État. Il a tiré à boulets rouges sur cette pseudo réforme qui n’est pas financée. On parle dans le vide et c’est dramatique.
Cet État représenté par ce macronisme ne vit que sur des slogans et a été incapable de réformer l’État depuis deux ans et demi. Maintenant, il s’attaque au système social qui est un des piliers de la cohésion nationale. Cet État est en train de diviser une fois de plus les Français et montre son incapacité à dialoguer et à avoir un message apaisé. Tout le monde a envie que les choses s’améliorent. Je ne comprends pas pourquoi il casse ce qui fonctionne et ne s’intéresse uniquement à ce qui doit être amélioré.
Si vous reprenez les déclarations du président d’avril 2019 par rapport à l’âge de départ en retraites et ses déclarations de fin 2019, il y a une contradiction majeure. Ce gouvernement est en pleine contradiction avec ses propres pratiques. C’est absolument impossible d’avoir confiance en lui. Des motions de censure ont été déposées. Nous verrons bien ce que cela va donner.
Certains parlementaires En Marche commencent à se poser des questions.
Ce sont des acteurs, ils n’ont pas compris que la politique est quelque chose de sérieux qui engage la vie des hommes et des femmes. Que ce soit le Premier ministre ou l’ensemble de ces ministres, tous ont eu une petite phrase. Les réseaux sociaux sont absolument intéressants dans la mesure où on montre le changement de pied. Ces gens-là n’ont aucune conviction. Ils occupent une fonction pour un temps. Ils ont malheureusement oublié l’intérêt général.


Le projet de loi va être débattu au Sénat pour son ultime examen.
En tant que Sénateur, qu’attendez-vous de ce débat ? Le groupe LR est-il prêt à s’opposer à ce projet de loi ?

On verra quand ce projet arrivera au Sénat. Le groupe LR est prêt à s’opposer puisque cette réforme n’a aucun sens. Elle n’est pas financée. Au vu des déficits que nous avons dans tous les secteurs, cette question est majeure. Je ne toucherais absolument pas à ce qui fonctionne. Aujourd’hui, certains partenaires sociaux ont bien géré, alors pourquoi aller casser ce qui fonctionne ?
C’est une sorte d’escroquerie. Cette escroquerie a pour but de récupérer de l’argent de ceux qui ont été fourmi pour le mettre dans les régimes de ceux qui ont été cigale. Les régimes cigales sont les régimes qui ont été gérés par l’État. L’État s’occupe de ses affaires et laisse les partenaires sociaux. L’étatisation des retraites est un très mauvais signal envoyé à la nation.
Avant 81, on était à 65 ans. Depuis cette époque, les Français vivent de plus en plus vieux et sont confrontés au chômage. Si on avait beaucoup moins de chômage comme les Anglais, les Allemands et beaucoup d’autres, l’équilibre des comptes serait nettement meilleur.
La question de l’âge du départ en retraite est une vraie question. Tout le monde en Europe est à 65 ans. Il faut également travailler sur la pénibilité. Certains métiers méritent des cases spécifiques. Plusieurs candidats expliquaient que la retraite à point avait pour but de baisser le niveau des pensions. Quand on décortique ces rapports successifs, ils expliquent que le régime est loin d’être en faillite. Le déficit est d’environ 8 milliards d’euros. Dire que c’est catastrophique est un mensonge pour inquiéter les Français. Je ne comprends pas pourquoi en période difficile politiquement, le gouvernement continue d’inquiéter les Français.
Évidemment, il faut vivre plus longtemps et en bonne santé, avoir un boulot et ne pas se retrouver au chômage à 55 ans. Une fois qu’on allonge progressivement le départ en retraite, on n’a plus ces problèmes-là.
Il ne faut pas toucher au régime excédentaire. Les régimes déficitaires sont injustes.
Le régime qui pose question est celui de la RATP et de la SNCF. Il y a moins de cotisants. Les régimes dits spéciaux obéissent à une logique. La pénibilité se posait notamment lorsqu’il fallait remplir la machine à vapeur de charbon. Aujourd’hui, cela a changé. Faire évoluer ces régimes est une question de négociations au sein de ces entreprises d’État.


On a cette épidémie de coronavirus, les Gilets Jaunes et la fracture de notre pays entre l’élite et le peuple ne fait que s’aggraver. En période municipale, tout est axé sur la sécurité. Cela prouve qu’il y a bien un problème avec les missions régaliennes de l’État.
À quoi joue le gouvernement ? Ce chaos est-il voulu ?

C’est la faillite du en même temps. Notre président n’a pas vraiment compris sa fonction de président qui est de choisir et de donner un cap. Les signaux renvoyés en pleine épidémie de coronavirus par la ministre de la Santé sont incompréhensibles. Deux jours avant elle ne s’intéresse pas à Paris, et deux jours après, oui. Cette épidémie inquiète tous les Français. Le président lui-même a stoppé tous ses déplacements. Quand est-il vraiment ?
On a l’impression que ce pouvoir nous cache des choses. Il est incompréhensible de comprendre ce que veut faire le gouvernement. Le président s’exprime sur l’immigration et sur les finances. Finalement, une actualité chasse l’autre, mais rien n’est traité en profondeur. La France est l’homme malade de l’Europe. Nous sommes vus par nos confrères européens comme un pays qui va à la dérive. C’est extrêmement inquiétant.

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