Miss Algérie victime d’insultes racistes, Miss France métissées et ma Miss à moi

Les concours de Miss, c’est un peu futile, mais ça existe. Évidemment, en ces temps de disette, il faut promouvoir la quête du bon, du juste, du vrai et du beau. Mais l’élection d’une Miss est-elle une démarche visant à promouvoir et à faire aimer le beau, dans ce cas précis sous la forme de jeune femmes disposant d’une plastique plus ou moins stéréotypée ? C’est une question qui mérite d’être posée.

Et puis, ces stéréotypes sont partagés ou non. Par exemple, une certaine Khadidja Benhamou, originaire du sud du pays, a été élue Miss Algérie 2019, mais ça coince ! Il lui est reproché sa carnation, trop noire au yeux du vulgum pecus local, et ses cheveux trop crépus. Elle fait, dès lors, l’objet d’une campagne d’insultes et de harcèlement. À caractère raciste ? N’oublions pas que les Africains ont été fort longtemps considérés comme des esclaves par les Maghrébins. En outre, depuis le déferlement des Arabo-Musulmans au VIIe siècle, les Arabes et les Berbères coexistent dans des communautés juxtaposées, c’est vous dire si ces différences persistent longtemps. De la différence à la hiérarchie, il n’y a qu’un pas que bon nombre de racistes ordinaires franchissent allègrement, parfois sans même s’en rendre compte.

Autre lieu, autre prisme. Le journal Valeurs actuelles publiait, le 11 décembre 2018, les propos de Sylvie Tellier, directrice générale de la société Miss France, heureuse de constater que le cru 2019, “c’est la promo la plus métissée qu’on ait eue”. Le titre de cet article était “Miss France 2019 : la moitié des candidates sont métisses”. Bien sûr, on ne parle pas, ici, de métissage basque-lorrain ou provençal-breton… Un tatillon bien-pensant pourrait y voir une statistique ethnique, une de celles honnies depuis la décision du Conseil constitutionnel du 15 novembre 2007, mais, comme les propos relayés saluent cet état de fait en un éloge de la « mixité », pas question de sévir : c’est de l’antiracisme ! Le stéréotype mixité semble donc s’imposer, du moins dans la sphère médiatique. Est-ce une idéologie ? Au lecteur de se débrouiller avec ce que suscite cette nouvelle pour lui, même si l’on peut aussi soupçonner un petit brin de jésuitisme chez Valeurs actuelles.

Des bien intentionnés tentent de bannir le mot “race” du vocabulaire, comme si sa seule existence était responsable du racisme présent dans notre société. Paradoxe : les mêmes ne s’indigneront pas que des « racisés » fassent bande à part pour y cuver ensemble leur haine d’un « raciseur » implicite. Je ne serai, décidément, jamais un bien-pensant.

Nous vivons dans un monde où tout est sujet à concurrence, comme si c’était dans notre ADN. Parfois, cela donne des choses formidables quand deux fois quinze personnes (ou deux fois sept) s’engagent et s’affrontent à fond pour jouer au rugby, ou c’est beaucoup plus glauque quand de trop nombreux jeunes joueurs y laissent la vie. Il est des concurrences bénéfiques, d’autres plus discutables, et certaines sont létales. Et nous vivons aussi dans un monde où, trop souvent, une différence suffit à établir une hiérarchie indue, voire même indigne.

Les concours de beauté des Miss, qui semblent ne servir qu’à valoriser la conformité de candidates à des stéréotypes, ne présentent strictement aucun intérêt. Vaines concurrences, vaines hiérarchies : ces podiums ne sont, in fine, que des vanités, dirait l’Ecclésiaste. Je ne peux que tenter d’établir devant tous la vérité : la plus belle d’hier, d’aujourd’hui et de demain, c’est celle qui m’a dit oui et à qui j’ai dit oui il y a bientôt trente ans. Point final.

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