Editoriaux - 2 juin 2019

Mesdames et Messieurs les bourgeois du XVIe, de Versailles et de partout

Je ne sais pas si, le 27 mai au matin, en vous rasant ou en égalisant votre barbe de trois jours, vous vous êtes regardé dans la glace. Mais quelle image de vous vous a été renvoyée par ce miroir ?

Celle d’un bourgeois perdu, celle d’un électeur qui ne croit plus à rien, celle d’un homme (ou d’une femme) qui, en déposant un bulletin Loiseau dans l’urne, a renié une bonne partie de son existence et de ses valeurs. Craignant je ne sais quel bouleversement politique, vous avez abjuré votre vote de la présidentielle. Le bulletin Bellamy vous a tétanisé. Quant à celui de Bardella, il vous a brûlé les mains.

Car il y a tout juste deux ans, vous aviez sûrement voté en première instance pour votre droite dite républicaine, un adjectif imposé par la bien-pensance. Mais sans doute aviez-vous déposé votre premier bulletin Macron lorsqu’il vous a été dicté de renvoyer Marine Le Pen, la candidate au passé si brun, à Montretout.

Ces deux années de Jupiter que vous n’avez cessé de critiquer, malgré les appels du pied du Président qui s’est empressé de droitiser son gouvernement, ne vous ont donc pas servi de leçon. Vous avez répété votre erreur du 7 mai 2017.

En déposant votre bulletin Loiseau, vous n’avez fait qu’avaliser toutes les mesures prises par cette Assemblée de députés aux ordres. Toutes, c’est-à-dire les pires, qu’elles soient sociétales, morales ou économiques. Et encore, puisque Macron se sent renforcé de ces européennes, grâce – non, à cause – de vous, les pires sont à venir : la commercialisation du ventre des femmes via la future loi bioéthique, l’islamisation de notre pays, le chômage, la vente de nos bijoux de famille, l’enseignement de plus en plus médiocre, etc.

La plupart d’entre vous n’a pas apprécié que, pendant plus de six mois, tous les samedis, la France d’en bas, celle qui souffre de quarante ans de mauvaise gestion, les gilets jaunes viennent perturber vos achats du week-end. De ce côté-là, j’ai bien peur que vous n’ayez d’autres samedis perturbés. La répression policière, que vous avez gentiment appréciée et qui va, d’ailleurs, sûrement envoyer quelques policiers devant la Justice, va se poursuivre sur les ordres de Castaner, dont vous aimez les commentaires des soirées du samedi.

Il vous reste trois années pour réfléchir après avoir fait le bilan de cinq années d’un pouvoir qui hésite entre la droite dite républicaine que vous venez d’assassiner et une gauche agonisante, un pouvoir qui a débouté la droite traditionnelle, un pouvoir qui a consolidé la droite volontaire, celle que Marine Le Pen a su remodeler, a su rendre acceptable en séduisant les Français en colère de voir une France qui n’est plus la leur.

Dans trois ans, vous aurez à nouveau à choisir. Renouveler votre confiance à Emmanuel Macron ou revenir à un bulletin d’une droite véritable qui aura su parler aux autres familles souverainistes et qui trouvera son ou sa candidate pour enfin sortir la France d’une politique mortifère.

Jupiter vous attend en embuscade. Comme l’a écrit le dramaturge latin Plaute : « Si tous les parjures demandaient l’assistance de Jupiter, il n’y aurait pas assez de place au Capitole. »

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