Economie - Editoriaux - International - 2 juin 2019

L’Italie va-t-elle émettre de la monnaie frelatée ? Attention, danger !

M. Salvini, l’homme fort de la coalition actuellement au pouvoir à Rome, défie une nouvelle fois Bruxelles. Son pays est englué dans une stagnation dont on ne voit pas la fin (selon les prévisions, le PIB ne va augmenter que de 0,1 % en 2019), le déficit dérape, même s’il reste moins élevé qu’en France. Or, le total des dettes italiennes culmine à 132 % du PIB, contre près de 100 % en France. Pourtant, nous sommes déjà considérés comme un des « hommes malades » de l’Europe. Néanmoins, nous empruntons à des taux négatifs et les banques et les établissements financiers se précipitent pour nous proposer leurs capitaux ; il n’en est pas de même (loin de là !) pour l’Italie.

Les taux de ses emprunts ne cessent de monter et atteignent 2,5 % par an. En France, la charge des intérêts est faible, ce qui contribue à masquer le déficit budgétaire. L’Italie devra, elle, bientôt sortir plus de 50 milliards d’euros par an pour ne payer que les intérêts – une somme insoutenable – et si la situation se tend encore, les taux italiens risquent de dépasser les 5 %, entraînant la faillite de la péninsule. Lorsque les taux grecs ont atteint ce niveau, l’Europe a été contrainte de venir au secours d’Athènes, mais l’Italie est trop importante pour qu’on puisse la soutenir. Il faudrait, en effet, lui donner plus de 500 milliards d’euros ! Effrayée, la Commission européenne sortante menace l’Italie de sanctions financières (prévues par les traités établissant l’euro) : 0,2 % du PIB, soit 3,5 milliards d’euros. L’Union européenne exige que l’Italie économise 0,6 % de son budget par an pour revenir à l’équilibre.

Le ministre italien vient, ce samedi, de publier un communiqué conciliant vis-à-vis de Bruxelles, mais M. Salvini reste inflexible ; il a fait adopter par le Parlement le droit d’émettre des mini-BOTS, des reconnaissances de dette du Trésor italien, qui pourraient servir à régler, dans un premier temps, les 50 milliards de factures des entreprises travaillant pour l’État. Celles-ci, en échange, pourraient payer leurs impôts avec ces titres. Cette utilisation resterait compatible avec les règles de l’euro et aurait l’avantage d’injecter des capitaux dans l’économie italienne. Mais si ces titres deviennent cessibles, s’ils servent à payer des salaires, ils deviendraient une monnaie parallèle, que le gouvernement italien pourrait imprimer autant qu’il le voudrait – une forme de planche à billets. Serait-ce la solution idéale pour résoudre le problème de la dette ? En fait ces mini-BOTS sont des emprunts forcés. En réglant avec ces titres des dépenses contraintes, on oblige des entreprises ou des particuliers à prêter à l’État en contournant par ce moyen les taux à plus de 5 %. En vertu de la loi de Gresham (« la mauvaise monnaie chassant la bonne »), l’euro serait thésaurisé, et entreprises et particuliers feront tout pour payer en mini-BOTS alors qu’à l’inverse, les créanciers exigeront des euros. La valeur de ces mini-BOTS ne cessera donc de se détériorer par rapport à l’euro.

Pour finir, les perdants, ceux qui supporteront les pertes de ces tours de passe-passe, seront tous ceux à qui on a remis ces titres. Si on paye votre salaire de 2.000 € en vous donnant des mini-BOTS d’un montant théorique de 2.000 €, mais qui ne peuvent être échangés que contre 1.000 € si les commerçants exigent des euros, vous perdez une bonne part de votre salaire. Certes, avec les mini-BOTS, la dette de l’État italien sera allégée, mais à quel prix ?

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