Ce “en même temps” dont heureusement on se gausse moins – on a fini par comprendre que la plénitude intellectuelle l’exigeait sauf à consentir à une mutilation de soi et du réel – va être mis à rude épreuve en et je crois que le président de la République a pris toute la mesure du défi. Qui ne relève pas seulement de l’esprit mais de la même.

Des tendances contradictoires de la Corse, des tiraillements entre autonomistes et indépendantistes, des meurtres d’hier et de la concorde à assurer aujourd’hui, de la dénonciation sobre, sans nuance ni excuse, de l’assassinat du préfet Érignac – elle a été exemplaire, sans démagogie ni équivoque, avec des termes qui ont balayé, sur un plan seulement politique, toute tentative de justification et d’apologie -, sans la moindre référence judiciaire et, donc, sans “constituer une atteinte violente et infondée aux droits de la défense” – et des accommodements raisonnables, de ce que la Corse, partie intégrante de la France, lui doit et de ce que cette dernière doit à la Corse, mais ni plus ni moins qu’aux autres régions aussi soucieuses qu’elle d’une existence propre et respectée.

La Corse est l’île du “en même temps” et Emmanuel devra faire preuve de dialectique pour tenir ensemble ce qui, dans l’ corse, malgré les apparences d’unité, est écartelé. Entre autonomie, indépendance et Français corses indéfectiblement attachés à la nation, entre langue française et langue corse qu’on voudrait voir consacrée au même titre, entre le désir, avec une vive susceptibilité, de ne pas être rejeté et l’aspiration à la reconnaissance d’une singularité qui ne serait pas loin de constituer la Corse comme une dissidence, quasiment un territoire étranger, entre des aménagements de bon sens et des projets imprégnés d’une forme de racisme qui ne ferait plus de la Corse une île mais une forteresse, entre une formidable générosité et des crimes venant à intervalles réguliers éclabousser de sang une beauté unique. Entre une Corse territoire et fierté de tous et une Corse méfiante, aigrie et les bras fermés.

Le président de la République, quel que soit le résultat de ses échanges avec Gilles Simeoni et (malgré les explications de ce dernier, son absence lors de l’hommage rendu au préfet Érignac a été choquante), aura été conduit à incarner un “en même temps” sorti des subtilités et de la stratégie de conviction et directement relié à l’élaboration concrète d’une politique, à une conciliation risquée mais nécessaire entre l’identité française et l’âme corse.

Pour lui, il y a évidemment le refus d’exigences si centrifuges qu’elles exileraient la Corse de la République. Mais même avec cette limite fondamentale – tant de matière demeurant pour la discussion -, je ne doute pas qu’Emmanuel Macron saura démontrer que “en même temps” n’est pas un vain mot mais une belle occasion pour une authentique action lui ressemblant.

7 février 2018

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