Ce mardi 10 mai, Emmanuel tenait salon à Aubervilliers, histoire de remotiver des troupes, naguère celles de LREM, avant de se trouver rebaptisées « Renaissance ». Est-ce l’influence geek des jeunes macronistes ou le simple fait de l’air du temps ? Toujours est-il que ce pince-fesses fait bougrement penser aux films de la saga Matrix. De « Renaissance » à « Résurrection », il n’y a effectivement qu’un pas, effectué sous les caméras en bullet time, soit cet effet spécial permettant aux acteurs de naviguer à vue, non point entre les gouttes d’eau, mais surtout d’échapper aux balles perdues. À ce titre, François Fillon devrait aller plus souvent au cinéma ; ce qui aurait pu lui épargner certains déboires.

Pour autant, Emmanuel n’est pas Keanu Reeves et son épouse Brigitte ne saurait être confondue avec Carrie-Anne Moss, la juvénile amazone toute de cuir noir vêtue. Pour autant, et quoiqu’incongru qu’il soit, le parallèle entre la saga macronienne et celle mise en scène par les frères Larry et Andy Wachowski, ensuite devenus sœurs sous les prénoms de Lana et Lilly – magie transgenre hollywoodienne, quand tu nous tiens –, n’est pas fondamentalement nigaud…

Dans cette série de films, il est ainsi question de réalité virtuelle et de réalité tout court, les deux ayant parfois tendance à se confondre, surtout quand les cerveaux du plus grand nombre se trouvent bombardés d’un incessant flux d’informations, toutes plus inutiles les unes que les autres. Pour continuer de filer cette métaphore, filmique tant que philosophique, on constatera que dans l’actuelle France, nous n’en sommes plus très loin. Il y a la réalité des médias et celle de la rue. Soit une injonction venue de la France d’en haut, censée masquer le vécu de celle d’en bas. Au sommet de la pyramide sociale, on évoque l’immigration, « chance pour la France » ; à sa base, on constate qu’il existe des « chances » dont on se passerait volontiers. Mais comme au cinéma, le tout est d’y croire.

Dans le langage cinématographique, voilà qui s’appelle un « écran vert », subterfuge permettant de faire jouer aux acteurs, isolés en studio, des exploits qu’ils seraient bien incapables d’accomplir en décors réels : il y a des harnais et des filins, des trucages comme s’il en pleuvait. Grâce aux prouesses informatiques, les chauves deviennent chevelus et les bedonnants peuvent enfin arborer des pectoraux dignes de l’antique statuaire grecque. On ne saurait mieux résumer l’actuelle préparation élyséenne aux joutes législatives à venir. Un chef de sans guerre – aux dernières nouvelles, Moscou ne l’a pas encore déclarée à Paris –, vainqueur sans gloire d’un péril inexistant : la menace fasciste, incarnée tour à tour par Éric Zemmour ou Marine Le Pen ; quand ce ne sont tout simplement pas et Cyril Hanouna.

Du coup, le résultat de ce séminaire d’Aubervilliers demeure à l’avenant : remise d’argumentaires circonstanciés – le mal, ce n’est pas bien – et de séances photo permettant à chacun des futurs candidats à l’Assemblée nationale de se faire tirer le portrait en compagnie de Jupiter. Une fois de plus, le retour du virtuel, en attendant que le réel ne prenne sa revanche.

Ce, d’autant plus que certains partis, peut-être trop imprudemment enterrés, tels LR ou PS, bénéficient encore d’un ancrage local puissant, au contraire des frais émoulus de la toute nouvelle Renaissance. Tout comme le Rassemblement national, lui aussi et malgré tout bien implanté en nos terroirs. Quant à la NUPES, formation au nom évoquant une maladie vénérienne – ce qui n’est jamais bon présage –, elle demeure une autre sorte de leurre, bricolage mélenchoniste à seules visées électoralistes, qui a récemment tenu semblable mascarade à Aubervilliers, précédant ainsi Emmanuel Macron, son véritable faux ennemi et, surtout, son hologramme en creux. La revanche du réel, disions-nous…

10 mai 2022

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