Mathieu Kassovitz n’aime pas les flics. C’est une détestation sur laquelle l’acteur réalisateur s’est forgé une réputation et une belle carrière. Et qui lui vaut d’être régulièrement invité sur les plateaux télé, comme ce 10 mai dernier.

Son premier film en tant que réalisateur, La Haine, le propulse sur la scène internationale, s’exporte à Hollywood, obtient un César en 1995 et marque une génération. Une dénonciation des brutalités policières dans les banlieues. Un brûlot anti-flic qui lui vaut l’hostilité des policiers présents qui, ostensiblement, lors de sa projection à Cannes, tournent le dos à l’équipe lors de la montée des marches.

Depuis, Mathieu Kassovitz multiplie les provocations envers les forces de l’ordre. Il est même condamné, en 2019, pour avoir traité les policiers de « bande de bâtards » lors d’une opération anti-drogue. Le temps d’une trêve, il s’émeut du tabassage d’une femme flic lors de la Saint-Sylvestre, à Champigny-sur-Marne, mais la parenthèse est courte. En juin 2020, il plaide pour le désarmement des « Robocops » qu’il voit traîner, trop nombreux à son goût et peu aimables (ils ne lui rendent pas son « bonjour »), dans le XXe arrondissement de Paris, un quartier « dans lequel il ne se passe rien », et jusqu’à ce 10 mai où, invité sur le plateau de LCI, il reproche à Matthieu Valet, représentant d’un syndicat de police, son « niveau d’imbécillité étonnant » avant de trouver une justification aux caillassages réguliers des policiers et pompiers qu’il voit plutôt comme « l’expression d’une frustration ». Quelques jours seulement après l’assassinat d’Éric Masson…

Ardent défenseur de la culture de l’excuse, Mathieu Kassovitz est aussi accro des et dézingue à tout va. Brutal, il traite Nicolas Dupont-Aignan de « trou du cul » pour son ralliement à Marine Le Pen en 2017, insulte et traite Véronique Genest, qui ne se pâme pas devant un épisode du Bureau des légendes, de « définitivement conne ». Se fait des ennemis partout, même dans son monde, celui du cinéma, lorsque, déçu de ne pas obtenir la nomination au César de son film L’Ordre et la Morale, il s’exprime, poétique : « J’encule le français. Allez vous faire baiser avec vos films de merde. » Car, en plus d’être mauvais joueur, Mathieu Kassovitz est vulgaire.

Mais c’est avant tout un personnage anachronique et décalé. Déjà, à l’époque de La Haine, certains spectateurs lui reprochaient son manque de réalisme pour dresser le tableau d’une banlieue déjà disparue où « plus personne n’est impressionné par une arme à feu en banlieue alors que des enfants de neuf ou dix ans vendent de la drogue ». La légitimité du bourgeois bohème déconnecté pour tourner un film sur la banlieue était alors contestée…

Vingt-cinq ans après, rien n’a changé et Mathieu Kassovitz s’en plaint : « J’ai l’impression d’être en 1990 […] Tout ce dont vous parlez […] ça a toujours existé. » À sa décharge, il ne vit pas sur la même planète que beaucoup de Français ; c’est un habitant de Vincennes, là où, de son propre aveu, « c’est pas trop dangereux ». Une chance pour celui qui a passé le confinement >« comme un riche, dans une belle maison avec de l’espace ». Un détail utile pour comprendre comment l’un des meilleurs acteurs réalisateurs du français en vient à expliquer à une veuve, sur le plateau de LCI, que le lynchage d’un conducteur d’autobus n’est qu’un fait divers parmi d’autres.

L’excellent Guillaume Debailly [personnage du Bureau des légendes interprété par Kassovitz, NDLR] devrait rester ce qu’il est : un anti-héros cantonné aux écrans à qui on ne demande rien d’autre. Et, surtout, de ne pas comprendre les tags anti-flics dans les banlieues, les messages d’Al Qaïda, les meurtres et agressions des toutes jeunes filles, le cancer des trafics et les assassinats de flics, l’ et les poussées de violences, toutes ces choses qui n’existent que dans la vraie vie.

17 mai 2021

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