On s’en doutait un peu, devant la polémique suscitée par la présence de Marcheurs sur la liste de Renaud Muselier. L’enquête Ipsos réalisée pour France Info et Le Parisien vient le confirmer : le parti LR subit le supplice de l’écartèlement, peinant à s’affirmer entre La République et le . Mais il s’est lui-même placé dans cette situation inconfortable et ne peut s’en prendre qu’à lui-même.

Selon cette enquête, 64 % des Français estiment que ce parti n’a plus d’utilité. 51 % pensent qu’il est proche de LREM sur les sujets économiques, 41 % proche du RN sur les sujets régaliens. Faut-il s’étonner, dans ces conditions, qu’il peine à faire émerger un candidat crédible pour la présidentielle ? Ou que d’anciens LR, comme Xavier Bertrand ou Valérie Pécresse, n’obtiennent, au mieux, que 16 % des intentions de vote, ce qui est insuffisant pour se qualifier au second tour ? Les Républicains ont du mal à affirmer leur ,

Cette absence d’identité vient de loin. La création de l’, en 2002, n’y est pas étrangère. Censée rassembler les différentes tendances de la droite et du centre, l’Union pour un mouvement populaire ne pouvait produire que des ambiguïtés politiques. Au RPR, les conflits d’orientation, avec une direction ferme, pouvaient être dépassés, mais se fier à l’ensemble des centristes, dont l’ a montré qu’ils ne sont pas des alliés constants, c’est une autre affaire. François Bayrou en est la preuve, qui a fleureté successivement avec la droite, la et le macronisme.

Pour conserver une apparence d’unité, les dirigeants du RPR, puis de l’UMP, ont longtemps jonglé entre des positions opposées, acceptant ou rejetant, en fonction de leurs intérêts, des accords de désistement avec le Front national. On se souvient de l’élection partielle de Dreux, en 1983, où une liste RPR-UDF-FN l’emporta au second tour. On sait également comment, en 1986, le RPR et l’UDF gagnèrent la présidence de cinq supplémentaires grâce à l’apport des voix du FN.

Dans les années 1990, le programme du RPR était proche de celui du Front national, il évoquait la « fermeture des frontières », la « suspension de l’immigration », l’« incompatibilité entre l’islam et nos lois »… Interrogé sur ce point par David Pujadas, lors de la campagne des primaires, Alain Juppé se mit à rire jaune en lui répondant : « Bravo, vous avez marqué un point… super. » Ajoutant, en guise d’excuse : « Rétrospectivement, je pense que c’était une erreur. » Ce programme, curieusement, on le retrouve aujourd’hui chez Les Républicains.

Vous l’aurez compris, la droite de gouvernement, comme elle se nomme elle-même, n’a pas, quoi qu’elle en dise, de désaccords fondamentaux avec le Rassemblement national sur des questions comme la de la France, l’immigration ou la sécurité, dont se soucient une majorité de leurs électeurs. Elle gagnerait à s’en rapprocher. Mais elle est tombée dans le piège d’une diabolisation qu’elle est incapable de justifier ; elle s’est reniée elle-même et s’autodétruit.

Ajoutez sa précipitation, en 2017, à faire voter Macron au second tour, la trahison de politiciens qui, plus soucieux de leur carrière que de l’avenir de la France, ont changé de camp comme de chemise : rien d’étonnant si cette droite paraît de moins en moins crédible. Le seul moyen, pour elle, de s’affirmer, de retrouver sa légitimité, serait, au moins au second tour de l’élection présidentielle, de renouer avec ses principes et de choisir clairement son camp. On pressent qu’elle soutiendra le Président sortant qu’elle prétend combattre. Ce faisant, elle signera son arrêt de .

17 mai 2021

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