Editoriaux - 22 avril 2019

Vérité au Sri Lanka

Tristes Pâques avec la nouvelle, au réveil, de cette série de huit attentats à la bombe coordonnés au Sri Lanka, ayant pour cibles des églises catholiques (deux) et évangélique (une) pendant des messes pascales, ainsi que des hôtels (quatre). Le bilan est très lourd : 290 morts, en ce lundi matin. Les cibles sont, clairement, chrétiennes.

Le temps de Pâques pour les chrétiens est celui, normalement heureux, où est célébrée la résurrection de Jésus, Dieu incarné. C’est pourtant impossible sans la rémanence de son procès, inique et qui voit la condamnation d’un innocent, et sa mise à mort sur la croix. Lors de ce procès, Jésus dit à Pilate « qu’il est venu dans le monde de la durée présente afin d’attester en faveur de la vérité ». Ce à quoi Pilate répond par « qu’est-ce que la vérité ? »[1]. La vérité, l’adéquation de la pensée et des choses selon saint Thomas (d’Aquin, pas l’apôtre), devrait guider les journalistes et les médias : ce mot de vérité figure explicitement au premier des devoirs de la charte de Munich, mais est singulièrement absent de la charte d’éthique professionnelle des journalistes 2011 du SNJ. Certes, des « solutions de contournement » sémantiques y sont utilisées : « exactitude » et « véracité« », par exemple.

Les attentats de Pâques au Sri Lanka n’ont pas encore fait l’objet d’une revendication. Seule indication qui figure explicitement dans certains médias « mainstream » : une dizaine de jours auparavant, une note de renseignement de la police faisait état d’un risque d’attentats par un groupuscule islamiste obscur (National Thowheeth Jama’ath[2]) avec, pour cibles, des églises. Des arrestations ont été réalisées. Pour le reste, le principe de précaution prévaut : pas question, pour l’instant, de coller une étiquette « islamiste » sur cette série d’attentat. France Info osera même titrer un article : « Attentats contre les chrétiens au Sri Lanka : les principales victimes étaient plutôt musulmanes, ces dernières années »[3]. Comme s’il fallait absolument déminer préventivement une situation où l’islam radical serait effectivement mis en cause. Pour ceux qui ont des cheveux blancs comme moi, cela évoque la Pravda d’avant la chute du rideau de fer.

Peut-être que l’enquête était plus facile, peut-être que la police néo-zélandaise travaille et communique plus vite et mieux que celle du Sri Lanka, mais il n’a pas fallu 24 heures pour que ces même médias ayant pignon sur rue fasse un lien explicite entre Brenton Tarrant, terroriste qui a tué 50 musulmans, et le Grand Remplacement de Renaud Camus[4]. Et de stigmatiser immédiatement tous ceux qui refusent de condamner cette théorie comme le voudrait la bien-pensance.

Que penser de cette asymétrie ? Le principe de précaution semble, encore une fois, à géométrie variable, et le sous-jacent idéologique n’est pas vraiment caché. Journalistes et médias mesurent-ils qu’ils attisent ainsi le ressentiment et parfois même la haine dont ils sont l’objet ?

La surenchère victimaire ne sert à rien, sinon à exacerber des tensions déjà trop fortes. Est-ce une raison valable pour taire deux vérités : d’abord que l’islam radical est à l’origine de la quasi-totalité des attentats récents dans le monde[5] ; et, ensuite, que des chrétiens sont aussi des victimes de ces attentats. Il reste aux chrétiens la prière (apocryphe) de saint François, celle qui demande « Fais de moi un instrument de ta paix » et « Là où est l’erreur, que je mette la vérité ».

[1]     Jn 18, 37-38 (Traduction Cl. Tresmontant)

[2]     https://www.nytimes.com/2019/04/21/world/asia/sri-lanka-bombings.html

[3]     https://www.francetvinfo.fr/monde/asie/attentats-au-sri-lanka/attentats-contre-les-chretiens-au-sri-lanka-les-principales-victimes-etaient-plutot-musulmanes-ces-dernieres-annees_3408703.html

[4]     https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/03/15/la-theorie-du-grand-remplacement-de-l-ecrivain-renaud-camus-aux-attentats-en-nouvelle-zelande_5436843_4355770.html

[5]     https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_d%27attentats_meurtriers#Ann%C3%A9es_2010

 

 

 

 

 

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