La députée Marie-France Lorho s’est insurgée de l’intrusion, durant une , de trois policiers dans une église, dimanche dernier, à Paris. Elle a interpellé le ministre de l’Intérieur à ce sujet.

Cette semaine, des agents de police ont fait irruption dans une église pour interrompre la messe. Quelle a été votre réaction ?

J’ai été extrêmement choquée de cette intrusion, qui révèle toute la frivolité avec laquelle le ministère de l’Intérieur traite la question du respect des cultes en cette période particulièrement douloureuse pour les fidèles. Cela dit, ce n’est pas nouveau : j’interpelle régulièrement le ministre de l’Intérieur au sujet des profanations dont nos églises font l’objet dans l’indifférence la plus totale ! Mais que des policiers entrent, en armes, dans une église pour interrompre la messe constitue la violation d’un sanctuaire sacré. Le décret approximatif du gouvernement, dont le vocabulaire souligne l’incompréhension face à la spécificité du culte catholique, entretient un climat d’incertitude : le ministère de l’Intérieur indique à la fois l’interdiction de « rassemblement » ou de « réunion » dans les « établissements cultuels » mais aussi la possibilité de célébrer l’office à huis clos… C’est absurde. Le ministère doit laisser les prêtres officier et faire preuve de clarté face à des policiers auxquels il doit être rappelé qu’ils n’ont aucune autorité au sein de nos églises !

Cette affaire n’est pas sans rappeler l’épisode à Saint-Nicolas-du-Chardonnet ; assisterions-nous à un retour d’une certaine forme d’anticléricalisme ?

L’office interrompu à Saint-Nicolas-du Chardonnet a fait l’objet d’un traitement médiatique particulièrement malhonnête. Les spécificités de la liturgie traditionnelle et le nombre de personnes qu’elle requiert pour l’office a permis à certains médias peu scrupuleux de dénoncer la tenue d’une messe supposément illégale. Que certains médias communs soient malveillants vis-à-vis de l’Église catholique ou que quelques journalistes fassent preuve d’un anticléricalisme digne des pires personnalités de la IIIe République n’est pas très surprenant.

En revanche, je m’inquiète davantage de la politique de délation généralisée à laquelle nous assistons : dans les deux cas, ce sont de courageux (sic) dénonciateurs qui ont appelé les forces de police à intervenir pour des messes qu’ils jugeaient illégales. Ces dénonciations répétées ne s’adressent pas qu’au domaine religieux mais indiquent la manière dont certaines personnes profitent de la crise pour régler leurs problèmes de voisinage. Il me semblerait légitime de sanctionner ces comportements peu glorieux, qui engorgent inutilement des services de police davantage préoccupés par la situation dans les banlieues !

Le président de la République s’est prononcé contre une réouverture des lieux de culte avant mi-juin. La République a-t-elle autorité sur l’intérieur des églises, notamment ?

Que l’Élysée se prononce contre la reprise des cultes paraît particulièrement paradoxal, à l’heure où le gouvernement entend remettre les enfants à l’école dès le 11 mai. Le retour à la vie scolaire va engendrer des flux de populations et un déconfinement factuel. Par ailleurs, certains marchés et des grandes surfaces brassent des flux de personnes importants. Dès lors, pourquoi prendre de telles positions face à la reprise des cultes ? Les fidèles, qui ont eu la peine de devoir faire leurs Pâques derrière un écran d’ordinateur, sont assez conscients de l’importance que représente le culte pour eux pour faire preuve d’une autodiscipline permettant d’assurer la sécurité sanitaire de chacun ! Mais il n’est pas du ressort d’un député mais bien des détenteurs de l’autorité religieuse et des fidèles – une pétition a, d’ailleurs, été mise en ligne – de faire entendre leur voix face à la surdité du gouvernement. Aucune crise sanitaire ne peut justifier que soit bafouée la liberté religieuse !

23 avril 2020

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