Marc Bloch au Panthéon : quelques vérités
Ce mardi 23 juin, Emmanuel Macron a donc présidé l’entrée au Panthéon de l’historien Marc Bloch. Une panthéonisation ! Un exercice dont raffole Emmanuel Macron. En neuf ans à l’Élysée, il aura présidé six panthéonisations, quand le général de Gaulle, en dix ans de pouvoir, n’en présida qu’une : celle de Jean Moulin, devenue en elle-même un véritable monument par le discours d’André Malraux. « Entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège… Entre, avec le peuple né de l'ombre et disparu avec elle - nos frères dans l'ordre de la nuit… » Jamais imité car inimitable.
L’entrée de Marc Bloch au Panthéon, temple laïque d’une République en quête de verticalité, était une évidence : le professeur, l’historien, le combattant des deux guerres mondiales, cinq fois cité, chevalier de la Légion d’honneur à titre militaire, le héros de la Résistance, mort pour la France, fusillé par les Allemands le 16 juin 1944, alors qu’il était âgé de 57 ans, le père de famille nombreuse, aussi. Que son épouse, Simonne Vidal, la mère de ses six enfants, son assistante dans ses travaux historiques, son soutien de tous les jours, jusqu’aux derniers jours, emportée par un cancer deux semaines après le supplice de son époux, l’accompagne est tout aussi légitime.
Le RN, « héritier des Waffen-SS qui ont assassiné mon grand-père »
Mais avouons que ce 23 juin 2026, cet événement qui a vocation à rassembler tous les Français, comme on peut le penser un peu naïvement, a été quelque peu gâché par les propos de Suzette Bloch, une petite-fille de Marc Bloch, sur l’antenne de France Inter. Reçue par Benjamin Duhamel, Mme Bloch a qualifié le Rassemblement national d'« héritier des Waffen-SS qui ont assassiné mon grand-père ». Visiblement, la petite-fille du fondateur des Annales d'histoire économique et sociale n’a pas hérité des qualités d’historien de son grand-père ! D’abord parce que son grand-père a été fusillé par des membres de la Gestapo, pas par des Waffen-SS. Il faut être précis. Ensuite, oui, il y a bien eu, parmi les premiers membres du Front national, quelques anciens de la Waffen-SS, mais il y eut aussi d’authentiques résistants. On n’en citera qu’un seul, ce soir : Michel de Camaret, compagnon de la Libération. Par ailleurs, affirmer, comme le fait Suzette Bloch, que le RN n’a jamais renié Jean-Marie Le Pen – qui ne fut pas SS ! - est faux. Faut-il rappeler que Marine Le Pen a exclu son propre père du FN, justement pour ses propos sur les chambres à gaz.
L'absence de modération de Benjamin Duhamel
Or, les propos de Mme Bloch n’ont fait l’objet d’aucune modération de la part de Benjamin Duhamel, qui la recevait. Là, en l’occurrence, il n’a pas fait son travail de journaliste. C’est regrettable. Enfin, comment peut-on imaginer, par exemple, qu’un Jean-Philippe Tanguy, ancien de Debout la France, un Sébastien Chenu, ancien de l’UMP – et l’on pourrait citer des dizaines d’élus, de hiérarques du RN, nationaux comme locaux, et en tout premier lieu Marine Le Pen et Jordan Bardella –, puissent être des « héritiers des Waffen-SS ». Ce n’est tout simplement pas sérieux. Reproche-t-on aux LR, héritiers de l’UDR des années Pompidou, d’avoir compté dans leurs rangs – et dans les tout premiers rangs – Maurice Papon, condamné pour complicité de crime contre l'humanité ? Non, et c’est heureux.
« Jordan Bardella a indiqué qu'il n'y aura (sic) aucun représentant [du RN] normalement ce soir, je trouve que c'est bien », a ajouté Suzette Bloch. Est-ce que c’était bien ? La question se pose. Elle se pose d'autant qu'on voit que des députés LFI étaient présents à cette cérémonie. Et l'on comprend mieux, maintenant, les propos de Suzette Bloch lorsqu'on découvre qu'à l'issue de la cérémonie, elle a posé pour la photo avec Jean-Luc Mélenchon et les députés LFI présents à cet hommage.
Ô quelle surprise !
La fameuse Suzette Bloch fière de poser hier soir au Panthéon avec toute la secte LFI : Mélenchon, Bompard, Coquerel, Panot, Chikirou, Obono & co pic.twitter.com/rjKF0ePu6t— Destination Télé (@DestinationTele) June 24, 2026
« Dilexit veritatem » : « Il a aimé la vérité »
Telle était l’épitaphe que Marc Bloch voulait pour lui. Une maxime qui doit être celle de tout historien et devrait être celle de tout journaliste... Une maxime latine qui était en quelque sorte le fil conducteur de cette belle cérémonie d’entrée au Panthéon, puisque affichée en grand devant le monument.
Cette vérité qui commande de dire que c’est l’équipe de l’ignoble Francis André qui arrêta, à Lyon, le 8 mars 1944, sur le célèbre pont de la Boucle (aujourd’hui démoli), l’historien, avant de le livrer à Klaus Barbie. Emmanuel Macron l’a rappelé dans son discours. Mais il s’est bien gardé de préciser - comme aurait pu le commander la vérité - que ce Francis André avait été membre du PCF avant guerre. La vérité commande de dire que les choses furent plus compliquées qu’on veut bien le dire aujourd'hui.
La vérité commanderait, aussi, de dire que c’est les Allemands qui assassinèrent Marc Bloch. Emmanuel Macron a dit « les nazis ». C’est vrai. Mais comme s’il fallait exonérer l’Allemagne de ses crimes alors que, par ailleurs, le même Emmanuel Macron, dans le même discours, n’a pas eu les mêmes pudeurs pour la France. La vérité commanderait, encore, de dire que le titre de « compagnon de la Libération », comme l’a déclaré le chef de l’État dans son discours, n’est pas « le plus beau titre de la République » mais de la France. Car, faut-il le rappeler, dans l’appel du 18 juin, le mot « République » n’est employé à aucun moment.
Toujours dans ce discours du président de la République, on aura bien saisi ses allusions à peine voilées lorsqu’il évoque ceux qui sont « les premiers à trahir le peuple qu’au fond ils n’aiment pas », « ceux qui se proclament plus Français que vous sont toujours les premiers à sacrifier la France aux intérêts de puissances hostiles et à entretenir l’esprit de défaite, poison lent », « la fascination de la force brute » ou « la révision historique qu’un peu partout l’on voit poindre ». On aura saisi ou, tout du moins, pour tout dire et dire la vérité, cru saisir…

Capture d'écran Présidence de la République
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88 commentaires
Que de mensonges… : pourquoi, lorsque vous parlez de Francis André, ne pas rappeler qu’il est depuis 1936 membre du PPF de Doriot, tous deux ex-communistes devenus dès lors farouchement anti-communistes, au point de rejoindre pour l’un et de fonder pour l’autre en 41… la LVF, groupant des combattants volontaires « contre le Bolchevisme » ? Pourquoi ne pas rappeler que plusieurs cadres du PPF ont été ensuite… cadres du FN à sa fondation ? Quant à Camaret : il est membre du FN, oui. Pas fondateur (ce que furent Bousquet ou Brigneau), ni cadre (ce que furent Dufraisse ou Barthélémy, anciens… du PPF).
Le panthéon, un médiocre porté aux nues par un autre médiocre, inversion des valeurs …
la mise en scène devant le monument ne va pas plaire aux gens qui inversent les couleurs de la France quand iles portent l’écharpe officielle. Bleu-bleu-blanc -rouge ici ! C’est une provocation !
On ressort les cadavres du placard .
Encore une pantalonade du freluquet,cette « pan theonisation.. ».. je suppose que M.Bloch mérite les plus grands honneurs de la France..mais il reposait en paix depuis…1944…et avait deja ete » honoré » plusieurs fois…donc j’ai de plus en plus de mal avec ceux qui nous avaient promis un avenir radieux et qui ne sont capables qiue de parler d’un passé qu’incutes ils ne connaissrnt même pas mais deforment allègrement a des fins politiques..c’est de l’insecurite,et du pouvoir d’achat qu’il faut s’occuper ces manifestations ne suffisent plus qu’à certains journalistes pour détourner l’attention…
Marc Bloch devrait être enseigné dans toutes les écoles de France. Il faut remercier Macron pour avoir fait entrer ce grand Homme au Panthéon.
À la fin de son ouvrage « L’étrange défaite », se trouve la célèbre citation suivante :
« Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. ».
Le sacre de Reims renvoie à la monarchie capétienne et à l’héritage chrétien du royaume de France.
La Fête de la Fédération du 14 juillet 1790 symbolise l’élan de la Révolution française et l’unité nationale naissante.
Comprendre la France suppose d’assumer ensemble ces deux héritages, même s’ils paraissent contradictoires.
Refuser l’un ou l’autre conduit à ne saisir qu’une partie de l’histoire nationale.
Bonjour Manu en même temps…En tous cas vous ressemblez à un porte parole de l’Élysée.
Je partage votre analyse à quelques détails prêts du roman historique et unité nationale bicéphale que vous présentez et que j’admets: Les justes et les méritants n’ont pas besoin de porte coton pour manipuler leurs idées à des fins pédantes de communication politicienne, mais c’est bien le problème essentiel de la seule compétence qu’il détient notre marchand de voiture et de sa « culture lowcoast fore sure », sans oublier qu’il est le premier à catégoriser ceux qu’il ne comprend pas, c’est à dire la majorité des français dont sa propagande européiste n’a jamais fait que les désunir, cliver et radicaliser depuis 10 ans. C’est sa pleine responsabilité et la prétention n’est pas un programme pour une France en grande difficulté sur de nombreux sujets, alors comme disait la Bruyère lui aussi non lu par Macron: » C’est la profonde ignorance qui inspire le ton dogmatique ».
Pauvre France. On dit que ce sont les voleurs qui répètent à l’envie qu’on les vole. Dans ce discours, c’est la même chose. On instille des suppositions dont on est en fait l’auteur. La Macronie a inversé le Graal dont les alchimistes rêvaient en transformant l’or en pacotille. Monsieur Bloch ne méritait pas cela.
Il me fatigue…
Je n’en peux plus de ces laïus opportunistes,hypocrites, faussement empathiques,qu’il tente de détourner en ciblant sa propre personnalité pour gonfler son ego démesurément grotesque.
À chaque panthéonisation,on a la désagréable impression qu’il s’autocongratule et qu’il se glorifie au point de se substituer au personnage qu’il est censé louanger.
Dieu que le temps me dure!Mais hélas,j’ai bien peur qu’il nous prépare un autre coup fourré dont il a le secret.
Macron a intronisé 8% des Pantheonnises, encore un effort cela aussi bête que ceux qui reçoivent la légion d’honneur…
Toutes ces cérémonies coûtent beaucoup d argent. En avons nous les moyens ? Ce sont encore des occasions pour E Macron de se mettre en scène. Personnellement, l urgence pour moi est de s occuper des vivants qui se meurent à petit feu dans k état actuelle de la France. Il y a même des petits anges qui meurent injustement sous les coups de délinquants et qui les laissent leurs familles dans le désarroi.
Émouvante formule, oui, il a aimé la vérité, et on l’a lui doit post mortem. Vous le rappelez en la reconvoquant avec une précision historique. Mais l’horloge de la petite fille de Marc Bloch s’est arrêtée en un temps qui n’est pas le nôtre, celui où les barbares ne fusillent pas mais décapitent et pratiquent un entrisme d’enfer. Ils furent les collaborateurs d’Hitler, armés par lui contre la France. On devine aussi la fracture mentale, cornélienne, opérée par Marine Lepen qui sacrifia son père aimé sur l’autel de la lutte contre l’antisémitisme, ce combat de tous les jours, toujours à refaire et que tous les partis ne font pas, surtout ceux affiliés idéologiquemen à l’Iran.
Dans cet exercise de pantheonisation d’un président impopulaire, qui se sert de la grandeur d’une belle âme pour faire oublier l’inconsistance et l’inconstance de la sienne, il y aurait tant à dire ! Si cet homme aimait la vérité, il ne pourrait s’aimer lui-même.
« Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal ! »
Manifestement, le Lider maximo les adore et, avec l’enfumage, en a fait les 2 piliers du régime.
Depuis Mitterrand et Jack Lang, la com, les « festivités » en tous genres, les cérémonies, etc. etc. n’ont pour but que de faire oublier aux Français que les socialo-communistes par leur idéologie ruinent le pays. Macron, monsieur « quoi qu’il en coûte » a continué cette politique socialiste délirante. Mais Macron ne cesse d’amuser la galerie. Il y a quelques jours avec un DJ à l’Elysée. Aujourd’hui avec Marc Bloch. La vérité c’est que ce petit personnage se sert de ce grand homme comme d’un marchepied.
Marc Bloch compagnon de la Libération.
Emmanuel Macron compagnon de Libération …
Oui
L’esprit de défaite… Face à l’Algérie ? Face aux banlieues ? Face à la submersion ?
La passion de la Pantheonisation pour Macron n’est pas anodine. Peut-être lui, qui se voit grand, demi dieu , lumière céleste, unique au monde et inimitable, se voit-il au Panthéon plus tard ? En attendant juste le musée Grevin suffirait pour ce trublion imposteur de la république française.
Ces mots dits par celui qui détruit le pays, c’est fantastique, le macron est devenu « abracadabrantesque » comme dirait un prédédesseur.
Encore une panthéonisation … ce n’est plus un président de la République, c’est un fossoyeur ! Vichy et la guerre d’algérie, cela ne finira donc jamais ? Qu’est-ce qui fait que nos politiques semblent hypnotisés, fascinés, au point, semble-t-il d’être enchaînés à ces deux épisodes de notre histoire, certes importants, certes tragiques, mais pas au point de nous rendre incapables de regarder l’avenir et d’avancer. Notre nation traverse aujourd’hui un péril au moins aussi grand, car c’est bien de notre identité, de notre culture, de notre place future dans un monde en pleine mutation dont il s’agit. A la place de regarder devant eux et autour d’eux pour comprendre ce qu’il se passe, d’anticiper, de nous préparer à affronter les dangers et les défis futurs, nos dirigeants regardent derrière eux, distribuent des leçons d’histoire autant simplistes que discutables, se substituant aux historiens dont cela devrait être la tâche. La France s’en va vers son avenir, comme un corbillard brinquebalant, lancé au hasard vers une destinée inconnue. C’est un peu l’histoire malheureuse du conducteur qu’on retrouve au fond d’un ravin parce qu’il a considéré plus utile de regarder l’écran de son GPS plutôt que d’observer la route … et ces drames de l’inconscience se produisent tous les jours, mais nos dirigeants sont bien incapables d’en tirer une quelconque leçon, trop occupés à réécrire notre passé.
Excellent !